vendredi 9 mars 2012


L’initiative de consacrer un volume de la REMMM au monde rural de l’Occident musulman médiéval relève d’une double constatation : une carence manifeste des études sur ce thème et un renouveau des approches vouées à le sortir de l’ombre. L’idée est donc à la fois de faire un état des lieux de nos connaissances sur cette question et d’envisager les nouvelles perspectives de recherches qui se profilent à l’horizon. En proposant des réflexions de méthode et une confrontation de différents types de sources, le présent numéro a pour objectif de contribuer au développement des études rurales, domaine resté longtemps au second plan. Les travaux récents, fondés sur l’exploitation de nouvelles sources et un environnement historiographique renouvelé, abordent des voies inexplorées.
2Le premier problème que l’on rencontre lorsque l’on s’interroge sur le « monde rural » est de savoir ce que signifie cette expression pour l’Occident musulman. Quels sont les mots ou les formules qui, en arabe, désignent ces espaces de la ruralité, leurs activités, leurs populations ? La bādiya, espace du nomadisme ou semi-nomadisme plus ou moins soumis aux pouvoirs centraux, ne comprend qu’une partie de ce que l’on entend en français par « monde rural » : les qurā, villages ou bourgades de campagne, en sont exclus alors qu’ils sont au cœur de notre « modèle mental implicite » (Garcia-Arenal : 8) des campagnes. Cette question lexicale importante montre combien il est nécessaire de commencer par s’interroger sur la pertinence des espaces étudiés, des communautés définies, des productions envisagées.
3Cette difficulté nous a conduit à abandonner l’idée d’un numéro où les traditionnels clivages chronologiques seraient dépassés : la terminologie est déjà si fournie, les réalités socio-économiques sont si diverses pour un espace restreint et une période déterminée !
4L’idée de privilégier la réflexion sur l’espace occidental du monde musulman s’est progressivement imposée. L’Orient, et en particulier l’Égypte, bénéficie d’une abondante littérature administrative et d’un certain nombre d’archives, qui ont permis des travaux comme ceux de Claude Cahen (1977), de Tsugitaka Sato (1997) ou de Nicolas Michel (2000). Cette documentation n’existe pas (ou de manière infime) pour le Maghreb et al-Andalus, ce qui impose de rechercher la moindre information en convoquant tous les matériaux disponibles, en ayant recours à toutes les méthodes scientifiques et en croisant toutes les approches. Cette carence documentaire est en grande partie responsable du vide historiographique qui a marqué les études rurales sur l’Occident musulman médiéval. C’est aussi la nature des sources à notre disposition qui explique que les espaces hors les villes aient été délaissés : les textes que le médiéviste utilise traditionnellement (chroniques, récits de voyage, ouvrages de géographes, bribes de traités fiscaux…) émanent des milieux liés au pouvoir et présentent, lorsqu’ils l’évoquent, le monde rural dans une perspective avant tout urbaine. Les campagnes sont ainsi envisagées soit comme objet d’intérêt de la part de l’État, notamment en fonction des revenus fiscaux qu’il peut en attendre, soit comme sujet de méfiance lorsqu’elles menacent le monde des villes en cas de famines, d’épidémies ou d’émeutes. Cette vision des choses a sans doute influencé à l’excès les réflexions des historiens qui ont décrit un monde rural dépendant des cités et exploité par elles.
5Les premières recherches sur le monde rural de l’Occident musulman médiéval remontent à la première moitié du xxe siècle. On trouve alors essentiellement des travaux d’ethnographie sur les groupes sociaux « indigènes », surtout sur les Berbères (voir principalement les travaux de Montagne, 1930a et 1930b, ceux de Laoust, 1930 et de Bourrilly, 1932). Abraham Poliak (1936) a par ailleurs tenté une étude comparatiste en avançant l’hypothèse d’une « féodalité islamique ». Ses résultats n’ont pas suscité beaucoup de débats et ont finalement été remis en question au début des années 1960 par les travaux de Claude Cahen (1960). Un autre intérêt se dégage dans les années 1930, suscité par les documents juridiques, notamment les contrats : l’étude des contrats pastoraux et des contrats de louage semble susceptible de faire avancer la compréhension de cette société majoritairement rurale que la France coloniale doit administrer et dont elle espère tirer profit. LaRevue Algérienne, Tunisienne et Marocaine de Législation et de Jurisprudence publie en 1938-39 des articles de MauricePouyanne (1939) qui ont une orientation surtout juridique, de Robert Brunschvig (1938) et de Jacques Berque (1939), plus historiques et sociologiques, mais tous consacrés à cette thématique des campagnes. Dans les années 1950, une série de travaux abordent la vie rurale du Maghreb médiéval d’un point de vue économique en s’intéressant notamment au commerce du blé(Wolff, 1959 ; Romano, 1953). Cette approche est relayée dans les années 1970 par des études sur la géographie et l’histoire économique (Vanacker, 1973 ; Idris, 1973 ; Rosenberger, 1977), les productions agricoles et l’élevage(Vernet, 1976 et 1978). Au même moment, la découverte des recueils de fatwas mālikites et surtout l’affirmation que ces textes peuvent être retenus comme de véritables sources historiques conduisent les historiens à souligner avec force l’intérêt de ces textes, en particulier pour l’histoire socio-économique des zones rurales (Mezzine, 1988).
6Il faut également mentionner le débat autour de l’idée développée par l’historiographie coloniale(Marçais, 1913 ; Gautier, 1927), d’un recul de l’agriculture sédentaire et d’un déclin économique du Maghreb dus à l’arrivée des nomades hilaliens au xie siècle. Cette idée reposait sur l’étude des auteurs arabes des xiie-xive siècles, et en particulier d’Ibn Khaldūn (Berque, 1967 et 1970), tel qu’il était perçu au travers de la lecture de la Muqaddima. L’un des premiers à mettre en cause cette thèse fut Jean Poncet (1967) : minimisant les effets des « invasions » hilaliennes et remettant en question l’idée d’une crise du xie siècle, il a peut-être cependant poussé trop loin la critique d’Ibn Khaldūn. On reconnaît aujourd’hui que s’il y eut alors un point de rupture, le nomadisme n’est pas nécessairement opposé à la mise en valeur des terres et qu’il y aurait plutôt eu coexistence et complémentarité entre les activités agricoles de culture et d’élevage (Cahen, 1968). Cette histoire de la ruralité au Maghreb trouvait ses limites dans une exploitation de sources insuffisamment diversifiées.
7Tout aussi importants sont les débats historiographiques espagnols des années 1970 ; ils ont porté sur la place de l’Islam dans le passé ibérique (Lapeyre, 1965) et sur la nature de la société rurale andalouse à travers le concept de « formation tributaire » tel qu’il a été formulé par Samir Amin (1973). En reprenant cette terminologie, l’historienne argentine Reyna Pastor de Togneri insiste sur le passage d’al-Andalus d’une société féodale à une « formation tributaire mercantile » (1975). Au cœur de ces débats, l’ouvrage de Pierre Guichard enquête sur les structures « orientales » et « occidentales » et met l’accent sur le fait tribal et les constituantes agnatiques qui ont marqué la société andalouse (Guichard, 1977). D’autre part, la problématique de la multiplication des villages ruraux fortifiés et du mouvement d’incastellamento a suscité, depuis les années 1980, de nombreux travaux à la fois d’historiens et d’archéologues (Bazzana et al., 1988, Bazzana, 1992). Ces avancées historiographiques sur al-Andalus ont servi de modèle aux travaux sur l’Afrique du nord.
8L’intérêt pour le monde rural s’est « réveillé » depuis une bonne trentaine d’années. Au moment où de nombreuses disciplines se sont trouvées mises à contribution - l’histoire bien sûr, mais aussi l’anthropologie, le droit, la géographie, l’archéologie - les sources ont permis de renouveler les méthodes de leur questionnement. En témoignent notamment deux monographies des années 1990 consacrées à l’Occident musulman : l’ouvrage de Vincent Lagardère sur al-Andalus (1993), basé sur l’utilisation des fatwas compilées dans le Mi‘yār d’al-Wanšarīsī, et la thèse de Muhammad Hassan(1999) sur l’Ifrīqiya, dans laquelle sont exploitées aussi bien les sources traditionnelles que la documentation juridique. Ces études considèrent les fatwas comme des « instantanés » de la société maghrébine. Elles permettent d’approcher et d’appréhender les individus, non plus seulement depuis le haut, c’est-à-dire à travers le regard proposé par une littérature émanant d’auteurs proches des pouvoirs centraux (chroniques, récits de voyages, recueils de biographies), mais aussi depuis le bas, en suivant les réactions des individus et leur évolution au sein d’une société islamique en construction.
  • 1  On pourrait faire la même remarque pour l’archéologie marocaine en notant par exemple qu’il faut a (...)
9Les prospections d’archéologie rurale menées depuis les années 1980 promettent d’intéressants résultats(Bazzana et al., 1983-84 ; Bazzanaet Guichard1981 ; Castrum 2, 1988 ; Castrum 5,1999). Malheureusement encore trop peu nombreuses et souvent bloquées par des difficultés d’ordre politique et administratif, elles ouvrent cependant de nouvelles perspectives dans la confrontation des données matérielles avec les autres sources. L’archéologie s’est longtemps contentée de chercher à exhumer les ruines de l’antique Africa, délaissant presque totalement l’archéologie islamique qu’Abderrahmane Khelifa, dans son panorama sur l’archéologie islamique en Algérie, qualifie de « parent pauvre » du Service des Antiquités de l’époque (Khelifa, 1987 : 203)1. Dans ce dernier domaine, seuls les monuments architecturaux urbains ont réussi à attirer l’attention:on peut citer lesprospections menées depuis le début du xxe siècle à la Qal‘a des Beni-Hammad (Marçais, 1939 ; Vivier, 1995) ou à Achir (Golvin, 1966 et 1976). Les récentes études restent limitées au Maroc et au sud de l’Espagne. Il faut pourtant saluer les travaux menés par Martin Carver et Djamel Souidi dans le bassin d’Achir (Carver et Souidi, 1996). Cette carence, qui sera sans doute un jour comblée, ouvre cependant un champ immense de possibilités d’investigations pour l’avenir.
10Les publications d’études abordant la question du monde rural de l’Occident musulman se sont également multipliées et ce numéro offre un panorama des nouvelles perspectives de recherche. Il est malaisé d’en proposer une bonne présentation sans essayer de les classer selon des thématiques, mais force est de constater qu’une telle démarche, si elle répond à des impératifs d’intelligibilité, ne rend pas compte à elle seule de la façon dont les sujets et méthodes sont imbriqués. Trois thèmes se dégagent et permettent cependant de mettre en évidence les orientations des recherches récentes ou en cours.
11Le premier rassemble les recherches qui abordent des questions liées à l’économie rurale. On constate deux types d’approches : l’étude d’une production agricole particulière et de sa commercialisation, comme la thèse de Mohamed Ouerfelli sur le sucre dans la Méditerranée médiévale (Ouerfelli, 2008) ; la question de la mise en valeur des terroirs posée notamment grâce aux prospections archéologiques (Cressier, 1983-84).
12Le deuxième thème concerne plus particulièrement les structures de la société rurale. Le lexique est au cœur du sujet : l’étude des différents vocables qui désignent les groupes sociaux, si elle est précisément contextualisée, peut s’avérer pertinente. Elle apporte d’importantes indications sur la représentation que les auteurs se font des communautés qu’ils décrivent, mais aussi sur la façon dont les groupes se définissent eux-mêmes. C’est ce que montre Élise Voguet par l’analyse du recueil de fatwas d’al-Māzūnī (Voguet, 2005). Les toponymes et ethnonymes ont également été mis à contribution, notamment par Edouardo Manzano (2006), pour étudier les structures tribales ou claniques, saisir les réalités du monde rural et les rapports des tribus avec le territoire qu’elles occupent. Le recours aux sources chrétiennes postérieures à la reconquête de certaines régions de la péninsule Ibérique, telles que le royaume de Valence ou le sultanat de Grenade, apporte des éclairages suggestifs quant à l’existence de communautés rurales fortes et bien organisées (Guichard, 1990-91).
13Le dernier thème est celui des rapports villes/campagnes diversement abordé dans des thèses récemment publiées. À travers l’étude des techniques hydrauliques, Tariq Madani  examine la relation de la ville de Fès avec les territoires qui l’entourent (Madani, 2003). Ahmad al-Bahi, dans ses recherches sur la région de Sousse, recherches fondées sur une approche de géographie historique, étudie notamment la question des liens entre les grands domaines agricoles et la ville (al-Bahi, 2004). La thèse de Yassir Benhima (2009), quant à elle, montre combien l’évolution des structures de l’habitat et du peuplement de la région de Safi est liée aux événements politiques qui touchent les cités.
  • 2  Voir par exemple les travaux d’André Bazzana sur l’habitat villageois, de Patrice Cressier sur les(...)
  • 3  On peut citer le programme piloté par Jean-Pierre Van Staevel et ‘Abdallah Fili sur les villages e (...)
14Le présent numéro a été organisé autour de ces trois thèmes. Plutôt que de simplement résumer les contributions rassemblées ici, il nous a semblé plus pertinent de mettre l’accent sur les outils et les méthodes mis à profit. Il faut tout d’abord mentionner la multiplication des fouilles archéologiques surtout en Al-Andalus2 mais aussi au Maroc3. La contribution de Mathieu Grangé et Jorge Vilhena, qui suggère l’émergence d’une production primaire de fer en contexte d’habitat rural, présente ainsi des exemples illustrés grâce au projet BRONZMIRA, dont l’un des volets est proprement « rural », puisqu’il cherche à étudier de façon diachronique les systèmes de peuplement des espaces ruraux. Dans le cas des exploitations de gisements métallifères, le choix du site d’implantation des communautés paysannes s’explique doublement : il faut à la fois que la terre soit cultivable et que l’extraction et la commercialisation du fer soient possibles. Les nouveaux moyens d’analyse des matériaux permettent en outre de mettre en évidence l’occupation de ces terroirs sur le long terme – de l’Antiquité tardive à l’époque islamique, voire chrétienne - et de combler les lacunes dues à la carence de systèmes de datation fiables. L’étude de régions peu documentées par les sources écrites ou par le matériel céramologique est ainsi rendue possible.
15Les approches archéologiques proposées ne sont pas monolithiques : dans son article sur les parcellaires, André Bazzana associe l’étude des photographies aériennes anciennes aux enquêtes de terrain, ce qui lui permet d’avancer l’idée de la création d’un « nouvel espace agricole » à la suite de l’introduction des techniques de la petite irrigation. Cette approche régressive est également suivie par Yassir Benhima et Pierre Guichard qui étudient, à partir de la littérature d’époque coloniale, la ruralisation et la tribalisation de la région de Tebessa.
16Les textes arabes ne sont bien évidemment pas délaissés. Les dictionnaires biographiques, qui ne recèlent a priori pas d’indications directes sur le monde rural, s’avèrent très utiles pour l’étude des rapports villes/espaces ruraux : Tahar Mansouri et Tariq Madani soulignent leur intérêt en révélant le rôle des oulémas dans la mise en valeur des domaines fonciers. Les récits de voyages et les ouvrages des géographes sont abondamment cités : confrontés à d’autres sources (notamment archéologiques), ils s’avèrent essentiels pour pénétrer ces espaces « hors la ville », comme en témoigne en particulier l’étude monographique du Hodna que nous propose Mohamed Meouak, étude qui permet de mieux cerner le rôle politique et économique joué par cette région au sein du Maghreb central. Les descriptions répétitives et souvent stéréotypées des divers terroirs agricoles et de leurs productions qu’offre cette documentation méritent d’être réexploitées : elles mettent en évidence le lien très fort entre les groupes sociaux et la terre qu’ils mettent en valeur. Si l’identité de la tribu ou du village se forge, par exemple, autour de l’entretien d’une mosquée, l’appropriation du sol est également déterminante dans la construction des communautés rurales.
  • 4  Introduction du séminaire « Renouer entre droit et histoire. Perspectives maghrébines et moyen-ori (...)
17À côté de ces sources, la documentation juridique (formulaires notariaux et recueils de fatwas) est devenue essentielle pour l’étude des communautés rurales. Depuis les années 2000, un glissement s’est amorcé, faisant passer ces textes de « gisement d’informations exceptionnel pour l’historien » à un « objet d’études à caractère anthropologique »4. Les ouvrages de jurisprudence sont désormais envisagés comme des créations liées à un contexte précis et à un milieu déterminé, et on estime que la science du droit doit révéler la dynamique normative propre à chaque communauté. Ainsi, toutes les informations, même descriptives, que nous apportent les textes de jurisprudence, doivent être lues à travers le regard de celui qui les livre. Le gisement est d’autant plus prometteur que de nombreuses sources juridiques, conservées dans les archives et les bibliothèques maghrébines, restent à éditer. Allaoua Amara exploite en particulier les précieuses informations qu’offre cette documentation sur la gestion des espaces ruraux. Tout en soulignant l’ambivalence de l’apport des fatwas (données brutes et représentations juridiques de la réalité), Élise Voguet montre qu’elles permettent de donner voix aux acteurs silencieux des communautés rurales.
18Quelques sources occidentales viennent compléter la documentation. L’apport des documents grecs ou latins constitue une des spécificités de l’étude du monde rural méditerranéen. Ainsi, pour analyser l’impact de la production du sucre sur les campagnes méditerranéennes, Mohamed Ouerfelli utilise aussi bien des traités fiscaux égyptiens, des chroniques, des descriptions géographiques et des traités agronomiques, que des sources puisées dans les archives du royaume de Valence et de la Sicile. Grâce à cette documentation, il est possible non seulement d’effectuer des comparaisons, mais aussi d’apporter des réponses précises à des questions que les lacunes des sources arabes ne permettent pas de résoudre.
19Ces neuf contributions, si elles diffèrent aussi bien par la nature des sources utilisées que par les approches adoptées, offrent chacune un point de vue sur le monde rural de l’Occident musulman, domaine si longtemps délaissé, au prétexte que les lettrés arabes ne s’intéressaient guère au monde rural, voire le méprisaient. Si ce numéro n’a pas l’ambition d’offrir un panorama complet des recherches récentes sur l’histoire rurale de cette région du monde musulman, il se veut néanmoins une étape importante pour pouvoir saisir les réalités du monde rural dans sa globalité. Il montre à quel point les possibilités de recherche ont progressé et permettent d’aboutir à une synthèse au moins partielle sur les structures de ce monde « hors les villes » et sur les nouveaux champs d’investigations qui s’offrent à l’historien comme à l’archéologue. Manque sans conteste la voie ouverte par l’exploitation des sources hagiographiques des xivet xve siècles (Amri, 2008) et par les nombreux textes inédits conservés dans les zāwiyas. L’apport de la sociologie et de l’anthropologie n’apparaît également que très ponctuellement dans ce numéro ; il convient d’en souligner l’importance pour approcher les sociétés rurales, sur lesquelles les textes demeurent le plus souvent silencieux.
20Il faudrait multiplier les études régionales et les monographies, travailler davantage sur des problématiques relatives à la toponymie et au lexique, ainsi que sur la notion de l’espace. Une approche des campagnes de l’Occident musulman doit être à la fois thématique et dynamique ; elle nécessite l’examen des activités productives, des transformations du paysage agraire, des structures de la société rurale et des formes de son encadrement. Ce monde pourrait aussi être abordé à travers la question des techniques ; celle-ci constitue un autre angle d’attaque pour appréhender les pratiques agraires, l’organisation du travail dans les campagnes, l’évolution et les transferts de savoirs. Terminons cette présentation en formulant le vœu de voir ces recherches continuer, s’amplifier et s’enrichir par de nouvelles pistes et de nouvelles réflexions individuelles et collectives.
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Vivier Marie-France, 1995, « La Qal‘a des Beni-Hammad », Le vert et le brun : de Kairouan à Avignon, céramiques du xe au xve siècle, Paris, Réunion des Musées Nationaux, Marseille, Musées de Marseille, p. 91-94.
Voguet Elise, 2007, Entre réalité sociale et construction juridique : le monde rural du Maghreb central d’après les Nawāzil Māzūna, thèse de doctorat inédite, Université de Paris 1.
Castrum 2, 1988, Structures de l’habitat et occupation du sol dans les pays méditerranéens : les méthodes et l’apport de l’archéologie extensive, Rome-Madrid.
Castrum 5, 1999, Archéologie des espaces agraires méditerranéens au Moyen Âge, Madrid-Rome-Murcie.
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Notes

1  On pourrait faire la même remarque pour l’archéologie marocaine en notant par exemple qu’il faut attendre 1976 pour que le Bulletin d’Archéologie Marocaine - la revue existe alors depuis vingt ans - comprenne un chapitre intitulé « Archéologie islamique ».
2  Voir par exemple les travaux d’André Bazzana sur l’habitat villageois, de Patrice Cressier sur les paysages irrigués ou ceux de Sonia Gutierrez et d’Helena Catarino sur la céramique.
3  On peut citer le programme piloté par Jean-Pierre Van Staevel et ‘Abdallah Fili sur les villages et les sites-refuges du Sous et de la région d’Igherm (Anti-Atlas oriental) et l’étude microspatiale dirigée par Yassir Benhima et ‘Abdallah Fili dans un village fortifié (Qsar) du Tafilalt.
4  Introduction du séminaire « Renouer entre droit et histoire. Perspectives maghrébines et moyen-orientales », IISMM, Paris 5-6 novembre 2004.
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Pour citer cet article

Référence électronique

Mohamed Ouerfelli et Élise Voguet, « Introduction », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée [En ligne], 126 | novembre 2009, mis en ligne le 15 décembre 2009, consulté le 09 mars 2012. URL : http://remmm.revues.org/6359
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Mohamed Ouerfelli


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Nouvelle publication «Cirta, la capitale céleste»

Publié le 02/11/2011 à 02:44 - 154 visites
Source : infosoir
Nouvelle publication «Cirta, la capitale céleste»
Le prestige de l’histoire de Constantine est loin d’être un mythe, a souligné en substance, hier, l’archéologue et historien Abderrahmane Khelifa, au cours d’une conférence
débat autour de son ouvrage ‘Cirta, la capitale céleste’. Lors de cette rencontre organisée au café culturel El-Haouzi de Constantine, le conférencier, passant en revue toute une panoplie de preuves matérielles, notamment des diapositives de vestiges archéologiques témoignant de la richesse de l’histoire de l’antique Cirta, a souligné que le prestige de la ville «n’est pas fondé sur du vent, comme on a tendance à le penser au vu de la situation peu reluisante de la cité, aujourd’hui». Déplorant le fait que ces témoins d’une valeur inestimable pour l’affirmation de l’identité nationale et du sentiment d’appartenance des Algériens à leur pays, soient laissés à l’abandon ou très peu mis en valeur, le conférencier a conclu son intervention par un appel aux autorités de la ville pour «sauvegarder ces trésors et les montrer au monde». L’historien, comme les intervenants dans les débats, ont estimé que le Rocher de Constantine, son canyon et ses chemins touristiques, possèdent tous les critères pour être classés patrimoine de l’humanité, car rarement un site n’a autant illustré l’alliance de l’homme et de la nature durant autant de siècles et de millénaires, comme celui l’antique Cirta, l’une des plus vieilles villes du monde où les strates de l’Histoire se superposent sans discontinuer. Pourfendant les idées reçues selon lesquelles les Phéniciens seraient à l’origine de la fondation de Cirta, comme d’autres villes du pays, Abderrahmane Khelifa, dira que tous les occupants qui ont traversé notre pays, soit de manière pacifique, soit de manière belliqueuse, ont trouvé une terre habitée depuis l’aube de l’histoire.

jeudi 8 mars 2012


«ALGER, Histoire et Patrimoine» de Abderrahmane Khelifa : La prodigieuse odyssée d’Alger la blanche
La population algéroise la surnommait dans un vocable précieux et protecteur  «El-Mahroussa» ou la «bien-gardée» se rappelant au bon souvenir d’une capitale dont la lumière irradiait autrefois  la ville érigée derrière ses remparts autour d’une casbah toute en ruelles étroites d’où jaillissait le tumulte d’une vie ardente combien de fois détruite puis reconstruite, ville réputée imprenable par ses habitants  qui circulent entre ses fameuses portent qui se jettent en contrebas sur la miroitante baie.
Que d’historiens étrangers l’ont visitée au cours des siècles et en sont revenus subjugués par la beauté  du site  au paysage architectural si pittoresque qui se prête naturellement au  rêve.
Abderrahmane Khelifa l’aura en tous cas fait sien : réaliser un ouvrage  qui nous emmène  dans un voyage au bout des images et des mots à travers toute l’histoire d’une ville , son architecture, ses populations hétéroclites, ses langues ,ses édifices et ses monuments.
L’ouvrage qui semble avoir nécessité une recherche titanesque vu la quantité fabuleuse des informations tous domaines confondus qu’il contient, est sans aucun doute une œuvre de longue haleine compte tenu des innombrables références à des historiens, des ouvrages spécialisés  , des géographes et surtout «Les revues africaines». Une chose est certaine : Notre auteur qui est un ancien élève de l’école normale supérieure et docteur en histoire et en archéologie (Il a effectué de nombreuses fouilles dans les sites médiévaux d’Algérie), écrit des articles scientifiques et collaboré à des documentaires, est un vrai passionné d’histoire sur tout ce qui se rapporte de près et de loin à l’Algérie. Tout porte à croire qu’il  a mis du cœur à  l’ouvrage en réalisant ce projet et fait montre pour un lecteur averti d’un savoir encyclopédique vu l’étendue de ses recherches.
Entre l’ouvrage d’art et le livre d’histoire, on pourrait le classer ainsi l’ouvrage car «ALGER, Patrimoine et histoire» n’est pas à proprement parler ce que l’on pourrait appeler un guide touristique de vulgarisation scientifique mais un travail qui nous montre tout l’intérêt de l’histoire s’agissant de la naissance et de la construction de la ville d’Alger ainsi que les paramètres archéologiques , les différentes photographies qui illustrent le texte , tout cela dénote du souci d’un auteur de présenter au lecteur toutes ses connaissances en la matière.
Avec la plume d’un chercheur  qui quête sans cesse le point de vue objectif de son long récit ,  Aberrahmane Khelifa  brasse dans son livre tout ce qu’il a comme informations dignes de fournir une reconstitution  de l’histoire de la capitale .A commencer par  l’origine de son appellation : «La ville d’Alger a connu à travers les âges différentes appellations qui rappellent la présence des îlots dans son port : Eikosim, Icosium, Djazaïr Bani Mazghanna, Djazaïr el –Gharb.» Ce sont les commerçants européens qui n’arrivaient pas à prononcer son nom arabe qui l’auraient  traduit en Algésiras, Alguer et Alger .Sur la géographie du site l’auteur note l’existence d’une ville primitive qui se serait construite sur la colline à l’abri des vents, par la suite , elle se développe sur la partie concave de la baie à partir de Ras Tafoura jusqu’à la baie de l’Agha. Classé actuellement patrimoine mondial, le site était à l’origine constitué de nombreuses grottes contenant  des ossements que l’on a retrouvé tout au long du littoral. En 1860 on découvre des centaines de dolmens dans lesquels on a trouvé  la présence d’inhumations, de bijoux en bronze et vases  qui attestent d’après l’auteur d’une agglomération importante sur le territoire d’Alger.
C’est cette population autochtone qu’auraient trouvé les phéniciens lorsqu’ils fondèrent Carthage à savoir les peuples des Aguellids Massyles et Massaessyles.
A l’époque médiévale a lieu la conquête arabe par voie terrestre d’abord de Kairaouan vers Tanger, à Béghai dans le royaume des Aurès, puis à Frenda dans le royaume berbère des Djeddars, enfin à Altava( Ouled Mimoun) près de Tlemcen.
On découvre qu’Alger fut construite à la période des Zirides lorsque Ziri autorise son fils Bologhine à fonder trois villes :Miliana sur la rive orientale, Lemdia( Médéa)qui appartenait à la tribu des Sanhadjas et El-Djazaïr Bani Mazghénna  sur le bord de la mer. «Alger ville entourée de murs, se trouve au bord de la mer. Elle contient plusieurs  marchés et possède de nombreuses sources limpides qui coulent sur le rivage…Son territoire est formé de vastes plaines et montagnes peuplées d’un grand nombre de Berbères. » (p 26, citation de Hawqal, le premier écrivain à donner des informations sur la ville et que reprend notre auteur ).
Toutefois, la ville n’est pas encore la capitale, elle est sous contrôle des Hammadites, elle faisait encore partie de la province de Béjaia.
C’est au milieu du XIIè siècle qu’apparaît un mouvement religieux d’Ibn Tumert avec la naissance de l’empire Almohade que Abd-el-Mu’min conquiert le Maghreb central, l’auteur remarque d’ailleurs que cela va considérablement changer le paysage politique d’Afrique du Nord.
Au XIIIè siècle l’empire s’affaiblit et se scinde en trois parties : Les Hafsides avec Tunis comme capitale, Les Zayyanides au maghreb central avec Tlemcen comme siège du royaume et les Mérinides au maghreb extrême avec Fès comme capitale.
L’auteur énumère ainsi à travers des chapitres les différentes étapes historiques qui vont pousser, essentiellement dans la partie «Les temps modernes»  les gouvernants de l’époque  à choisir la ville d’El-Djazaïr comme capitale, une ville qui aura vécu des pans entiers de luttes intestines, des convoitises successives jusqu’à ce qu’elle devienne la ville capitale, carrefour des civilisations et des cultures avec un legs patrimonial qui fait aujourd’hui encore la richesse de ce site.

mercredi 7 mars 2012


morjane
01/03/2011, 15h57
Après son remarque ouvrage consacré à l’histoire d’El Djazaïr-Beni Mezghana, l’historien et archéologue Abderahmane Khelifa vient de mettre en évidence les fruits de ses nombreuses années de recherches, dans une nouvelle publication ayant pour sujet la ville de Cirta (Constantine), cristallisant au minimum trois millénaires d’histoire.

Sous le titre Cirta, Constantine, la capitale céleste, la publication, aux éditions Colorset de ce beau livre de 470 pages, très esthétique et magnifiquement illustré par des photos de sites et vestiges archéologiques multiformes, constitue, à n’en pas douter, un événement majeur pour tous ceux qui s’intéressent à la très riche et parfois glorieuse histoire de cette contrée, où vécurent des personnages aussi emblématiques que les rois numides Massinissa et Jugurtha.

Très didactique, la description de l’environnement géographique dans lequel avait évolué la «ville céleste» et la narration de sa longue et tumultueuse histoire, portent l’empreinte de l’auteur qui avait, est-il bon de le rappeler, enseigné durant plusieurs années à l’Ecole supérieure des beaux-arts et à l’Ecole polytechnique, d’architecture et d’urbanisme d’Alger.

A travers la quarantaine de chapitres qui structurent la publication, le lecteur sera agréablement promené à travers Cirta et certains de ses lieux, en s’attardant sur les espaces et les vestiges les plus emblématiques de son histoire.

Le livre est structuré en deux parties distinctes. La première partie, historique, retrace les évènements qu’a connus la ville de Constantine depuis la préhistoire jusqu’à l’époque contemporaine. La seconde partie est, quant à elle, consacrée à la formation de la ville, sa constitution depuis l’époque numide à nos jours, les monuments dans la ville et ses alentours permettant d’avoir une idée de ce qu’était l’architecture à cette époque. Comme pour tout ouvrage qui ambitionne de relater de manière aussi exhaustive que possible, une histoire aussi longue et aussi riche que celle de Constantine, il était nécessaire de la baliser pour des raisons didactiques au moyen de chapitres relatant chacun une époque donnée de l’histoire, les modes de vie correspondants, les grands hommes et les événements historiques qui l’ont marquée.

Les lecteurs trouveront un intérêt certain à lire chacun des quarante chapitres qui composent l’ouvrage, car ils sont bien écrits et truffés d’informations de première main recueillies à la faveur de longues recherches archéologiques et historiques auxquelles avait pris part personnellement l’auteur. Rappelons qu’Abderahmane khelifa, titulaire d’un doctorat en histoire et archéologie, a effectué des fouilles notamment sur les sites médiévaux de Tlemcen, de Honéine et de Quala’a Béni Hammade.

Il a également occupé de nombreuses fonctions dans les structures du patrimoine au ministère de la Culture et enseigné en post graduation à l’Ecole supérieure des beaux-arts et à l’Epau d’Alger. Il a contribué en tant que conseiller historique à la réalisation de nombreux films documentaires sur Massinissa, Jugurtha, Syphax, Juba II, Tiddis et Timgad.