vendredi 18 août 2017

La wilaya de Mila pourrait devenir un pôle pour le thermalisme à part entière compte tenu du nombre important de sources thermales qu’elle recèle et de l’importante affluence que ces établissements connaissent même en période estivale.

Comment trouvez-vous l’état du patrimoine culturel algérien classé par l’Unesco depuis des années ? Pensez-vous que ce patrimoine culturel universel soit suffisamment pris en charge en matière de réhabilitation et de préservation ?
Vous faites là référence aux sept sites du patrimoine mondial que j’ai eu l’honneur de faire classer lorsque j’étais en activité avec les conservateurs des sites, à savoir la Qal’a des Béni Hammad (1980), le Tassili n’Azjer (1982), Tipasa (1982), Djemila (Cuicul) (1982), Timgad (1982), la pentapole du Mzab (1982) et La Casbah d’Alger (1992). Ces sites représentent toutes les grandes phases historiques de notre patrimoine et protégeaient ainsi de grands ensembles avec un périmètre de sauvegarde de deux cents mètres en zone rurale et 50 mètres en zone urbaine. Ces sites sont traités comme tous les autres sites nationaux qui sont aussi importants et n’ont aucune protection particulière.
Nous avions, avec des collègues, proposé au début de l’année 2016, la création d’un organisme pour gérer uniquement ces sites. Cela ne s’est pas concrétisé malheureusement. Il faut remarquer que l’Algérie, malgré ses moyens, n’a plus réussi à classer le moindre site historique depuis ces années…
La plupart de ces sites qui couvrent des dizaines d’hectares, n’étant pas surveillés correctement, sont l’objet de vandalisme de la part des visiteurs. Il suffit de citer la nécropole de l’ouest de Tipasa, où les sarcophages sont éventrés régulièrement par des «chercheurs de trésors». Dernièrement, Le Figaro, journal français, a fait paraître un article relatant l’état du Tombeau royal maurétanien, il y eut un branle-bas de combat, alors que des professionnels dénoncent régulièrement cet état de choses depuis quelques années, sans que les autorités bougent. Le responsable du site a reçu un avertissement, alors qu’il n’y est pour rien…
Les sites qui sont loin d’Alger sont évoqués lorsqu’il s’y déroule un festival, à l’instar de ceux de Timgad ou de Djemila. Là aussi les dégâts sont importants lors de ces manifestations, car les organisateurs ne contrôlent pas toujours le flux des spectateurs et cela occasionne des destructions. Je me trouvais, il y a quelques années, à Timgad, quelques jours après le festival et j’ai pu constater les dégâts : des murs effondrés et même une vidange faite sur la voie antique par un camion de l’ENTV sans compter ici et là l’installation de fontaines…
Les sites du patrimoine mondial reçoivent des dizaines de milliers de visiteurs (écoliers, visiteurs, surtout nationaux) qui ne sont pas canalisés pour la visite des monuments qu’ils voient. Le site devient un lieu de détente pour les enfants, qui peuvent monter sur les murs ou sur le sommet de monuments comme celui du tombeau royal maurétanien ou jouer au football…

Le tourisme algérien ne peut pas être attractif si son patrimoine culturel n’est pas valorisé. Le gouvernement algérien dans ses discours ne cesse d’évoquer un développement économique national avec l’apport d’autres richesses que celles des hydrocarbures. Quel est votre commentaire ? Pourquoi cette inadéquation entre le discours et la réalité de l’état du patrimoine algérien qui continue à perdurer ?
Oui, au niveau du bassin méditerranéen, nous avons des sites majeurs et des circuits attractifs qui incluent les sites du patrimoine mondial. Nous avons en plus un tourisme cultuel, qui inclut les trois religions monothéistes et c’est un grand avantage (Tombeau du Rab à Tlemcen, Sidi Oucha près de Ghazaouet, Annaba, Souk Ahras, Timgad et autres sites pour le christianisme, Sidi Okba, Sidi Boumediène, la Zaouia Tidjania, le Mouwsem de Timimoun..pour les pèlerins musulmans). Les sites du Touat Gourara ne bénéficient d’aucune protection et sont en train de disparaître sous le béton ou l’abandon. Pourtant ils sont situés dans des paysages de rêve.
Malheureusement les infrastructures d’accueil ne suivent pas. Je ne parle pas seulement des hôtels, mais de la formation du personnel touristique et culturel. En effet, si vous prenez le seul site de Tipasa, vous ne trouvez pas de guides formés, ni de brochures ou de CD pour garder un souvenir de votre passage. Le tourisme est un tout.
Le seul site de Pompéi reçoit 2,5 millions de visiteurs par an. Des villes comme Barcelone, Rome, Florence, Venise… reçoivent plus de 10 millions de visiteurs ! Celui du Colisée 4, 5 millions de touristes. Nous paraissons débordés pour moins de 100 000 visiteurs… Car le personnel des sites est peu qualifié et se réduit la plupart du temps à un responsable  et des gardiens, Il n’y a ni restaurateurs ni architectes.
A ce propos, nos architectes qualifiés n’ont jamais fait des opérations de remontage d’édifices ou de restauration des monuments existants sur les sites…On m’a fait savoir que le minaret de la Qal’a des Béni Hammad, site musulman du patrimoine mondial, se fissure dangereusement.. Aucune étude pour le conforter et le consolider n’est, à ma connaissance, en voie de le faire…

Le risque du déclassement des patrimoines culturels par l’Unesco est-il possible ? Les conséquences du déclassement des sites, au moment où notre gouvernement propose d’autres sites à l’Unesco ?
Beaucoup de nos sites classés au patrimoine mondial peuvent être déclassés si on considère que les conditions de protection et de mise en valeur ne sont pas respectées. Les risques de déclassement sont évidents et l’Unesco est en droit de le faire quand un site subit des dégradations ou des constructions qui nuisent à sa visibilité ou à l’intégrité de son territoire. La Casbah est dans un piteux état.
Oui, c’est assez paradoxal. Mais maintenant l’Unesco est plus exigeante et demande aux Etats membres des garanties de protection. Vous remarquerez que des sites ou des monuments comme les Djeddars ou le Khroubs attendent toujours d’être classés. C’est pour cela qu’on axe plus sur le patrimoine immatériel, ce qui est plus «facile» du point de vue protection.

Des experts de l’Unesco viennent de rendre visite au site archéologique et au port de Tipasa. Nous sommes bien curieux des conclusions de leur mission, sachant que les gestionnaires du secteur de la culture avaient mis tout en œuvre pour que cette visite d’inspection des missionnaires de l’Unesco se déroule dans la discrétion la plus absolue. Or, durant les années 90, la visite des experts de l’Unesco avait toujours été caractérisée par des déclarations sur le site avec les journalistes. Comment interprétez-vous ce black-out médiatique voulu par les décideurs du secteur de la culture ?
Oui, une mission a été effectuée par l’Unesco pour voir les dégâts enregistrés sur le promontoire central qui donne sur le nouveau port de plaisance. Ce sont les conséquences de la construction du port entre le promontoire central (le phare où se trouve le forum) et le promontoire est (la nécropole de Sainte Salsa) qui porte atteinte à l’intégrité du site. Le caveau punique du IVe siècle avant l’ère chrétienne est perdu au milieu des barques et risque bientôt de disparaître. En plus de cela, le site est vandalisé et des sarcophages sont régulièrement profanés par des pilleurs. Les visiteurs n’hésitent pas à pique-niquer et à se baigner à l’intérieur du site, laissant des tas d’immondices et de bouteilles en plastique. Il ne faut pas incriminer les responsables des sites qui ont de la bonne volonté, mais qui gèrent avec les moyens du bord.
En ce qui concerne le black-out concernant les médias, cela ne sert à rien, puisque l’Unesco a dépêché des experts qui sont au courant et qui feront des rapports circonstanciés. Donc pourquoi cacher le soleil avec un tamis, comme dit un proverbe de chez nous. Je me rappelle qu’en 2006, la responsable du secteur nous avait empêchés de faire des conférences sur trois sites du patrimoine mondial (Casbah, Tipasa et Timgad) comme si ailleurs on ne connaissait pas la réalité du terrain

En votre qualité d’expert, quel regard  portez-vous à présent sur la situation, mais surtout que préconisez-vous pour sauver ce qui reste de ce patrimoine matériel qui souffre du mépris et de l’incompréhension de son environnement ? Le diagnostic avait été effectué? Mais pourquoi cette impuissance affichée à l’égard de ces témoins des civilisations qui avaient voulu immortaliser leurs passages dans notre pays.
Il me semble que les structures du patrimoine qui activaient effectivement sur le terrain ont été démantelées ces quinze dernières années. Les circonscriptions archéologiques ont été supprimées. Tout est géré à partir de la structure centrale du ministère.
On a démantelé l’Agence d’archéologie de protection des monuments et sites historiques. Cela a dispersé les forces qui étaient à peine naissantes, pour multiplier les organismes (Office de gestion des biens culturels, Centre national de recherches archéologiques, Agence nationale des secteurs sauvegardés, Centre pour l’architecture de terre, Agence des grands projets…) avec l’embellie financière qu’a connue notre pays. Ainsi, l’OGBC ne s’occupe que de la vente de tickets d’entrée ou presque, car nous n’avons pas de travaux dignes de ce nom sur les sites du patrimoine mondial.
Les responsables des sites ne sont pas consultés pour la tenue ou non d’un festival sur leurs sites, car ils ne sont que de simples fonctionnaires qui dépendent d’un chef de service puis d’un directeur de la culture, dont les préoccupations ne sont pas nécessairement relatives au patrimoine archéologique ou historique. Tous les autres aspects (restauration, recherche, fouilles, mise en valeur sont éparpillés en autant de centres… Cette dispersion des missions a amené le ministère de la Culture à se désengager d’un site du patrimoine mondial comme La Casbah d’Alger, qui est actuellement sous la tutelle de la wilaya d’Alger. Les visiteurs sont frappés par le non-ramassage des ordures et cela repousse de prime abord le touriste (voir les bennes à ordures devant le palais Mustapha Pacha qui est un monument très visité en Basse Casbah)

Quel est l’impact social et économique d’un patrimoine valorisé et entretenu en Algérie ? Pouvez-vous nous citer un exemple seulement, en mesure pour notre pays de s’inspirer de cet exemple afin de booster l’économie nationale?
L’impact économique et social est évident à la proximité d’un site. Ce dernier est pourvoyeur d’emplois (boutiques d’artisans, vendeurs de souvenirs, restaurants, hôtels, cafés, guides…), les sites du patrimoine mondial arrivent à peine à promouvoir cet élan économique. Cela pourrait se faire à grande échelle, mais pour ce faire il faut des infrastructures valables, une organisation qui puisse rendre attractif et canaliser le flot des touristes. Malgré ses sites d’une beauté remarquable, l’Algérie n’arrive pas à attirer les touristes.
Alors que d’autres pays avec moins de moyens chiffrent le nombre de leurs touristes en millions d’individus, comme l’Espagne, avec ses monuments musulmans (Grenade, Cordoue, Séville…), la Turquie, la Tunisie ou le Maroc. Ce patrimoine est à valoriser, car il est, en plus, le témoin vivant de notre passé et du fait qu’il est constitutif de notre identité, nous devons le protéger, le promouvoir et le valoriser. Nos sites et nos musées sont très riches en objets archéologiques et nous font voyager à travers le temps. Si vous partez à Tipasa, vous passez la journée à vous acheter de quoi manger ou vous allez au restaurant.
Donc la population locale profite de ces «choses mortes que sont les sites» et si le tourisme était mieux organisé, le profit serait beaucoup plus important. Là encore on préfère partir ailleurs, car les prestations ne sont pas à la hauteur de la beauté des sites archéologiques et elles sont plus chères.
M'hamed Houaoura

lundi 15 août 2016

Khelifa Abderrahmane publie un beau livre

Lumières sur l’histoire de Bejaïa

Publié le 20 mai 2016

La librairie « Chaïb Dzaïr » de l’Anep, récemment réaménagée, a accueilli l’historien et archéologue Khelifa Abderrahmane. Il a présenté son livre « Bejaïa, capitale des lumières », paru aux éditions Gaia. 
L’ancien élève de l’Ecole normale supérieure, titulaire d’un doctorat en histoire et archéologie, a d’emblée confié qu’il « est actuellement en train de préparer une série d’ouvrages qui retracent l’histoire des villes algériennes ». Il faut rappeler qu’il a déjà publié des livres intéressants sur des cités comme Tlemcen, Constantine et Alger. Celui-ci est le premier d’une série d’autres livres qui s’intéressent à l’histoire et au patrimoine de l’Algérie. « Je suis resté quatre ans pour réaliser ce travail sur Bejaïa à travers les époques médiévale, judéo-musulmane, espagnole et ottomane et durant la colonisation française », a-t-il affirmé. 
« Bejaïa, capitale des lumières », richement illustré de photos et de documents, relate l’histoire de la capitale des Hammadites, à travers des traités de commerce conclus avec les Byzantins, les Génois, les Florentins, les Marseillais et les Catalans. Ce travail s’appuie sur une documentation vers laquelle est orienté le lecteur curieux. Pour l’auteur de « Honaïne », l’Algérie a une tradition historique, un long passé mémoriel. « Nos villes sont chargées d’histoire, toutes ont des ancrages dans la préhistoire. Nous avons un substrat historique riche et important qui apparaît même dans notre vie quotidienne », explique-t-il. L’ouvrage éclaire le lecteur sur des événements marquants de l’Histoire. Avant d’être capitale, Bejaïa était occupée par des hommes préhistoriques. Elle avait un substrat historique très profond. 
Il a insisté, par ailleurs, sur la nécessité de récupérer les archives algériennes se trouvant à l’étranger. Elles sont indispensables pour les historiens qui peinent à mener leurs recherches, en particulier sur l’histoire moderne et contemporaine. Khelifa Abderrahmane a souligné qu’« un travail important reste à faire pour accomplir cette tâche », appelant les hommes de culture et les professionnels à se pencher véritablement sur cette problématique. Face à cette situation, l’historien révèle qu’il a connu lui même plusieurs difficultés d’ordre bureaucratique pour la réalisation de son travail. Il a évoqué notamment la prise de photos sur certains sites. A ce sujet, il a regretté qu’un chercheur étranger ait disposé de toutes les facilités pour mener à son terme son projet. 
S. S. Journal Horizons

mardi 31 mai 2016

IL VIENT D’ÊTRE PUBLIÉ AUX ÉDITIONS GAÏA

“Béjaïa, capitale des lumières” de Abderrahmane Khelifa


L’auteur Abderrahmane Khelifa vient de publier aux éditions Gaïa un beau livre intitulé Béjaïa, capitale des lumières, préfacé par Issad Rebrab, patron du groupe Cevital. Cet ouvrage de 538 pages, participe “à sa manière, à enrichir le patrimoine architectural et historique de la ville de Béjaïa et, partant, de l’Algérie”, est-il mentionné dans la préface. Illustré de nombreuses photographies de la région, de cartes et de portraits, le livre est accompagné de textes sur l’histoire (depuis la préhistoire jusqu’à la période musulmane), la population, la ville et ses monuments… Abderrahmane Khelifa a occupé de nombreuses fonctions dans les structures du patrimoine du ministère de la Culture. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, notamment Histoire d’El-Djazaïr Bani Mazghanna et Tlemcen, capitale du Maghreb central.

dimanche 15 mai 2016

Culture : Mila à travers l’histoire – acte XI
«Tahadrit, l’épouse milevienne d’un émir zianide»


Le colloque Mila à travers l’histoire, dans sa 11e édition, organisé comme il est de coutume, la dernière semaine du mois du Patrimoine (mai), par l’Association des amis du vieux Mila que préside le professeur Abdelaziz Segueni et toujours sous le haut patronage du wali de la wilaya, a connu, cette année, un succès retentissant, de part la qualité des communications présentées ainsi que le nombre et la richesse de l’assistance, responsables de wilaya, le recteur de l’université Constantine 2, M. Hadi Latrache, le directeur du centre universitaire de Mila,
M. Abdelwahab Chemame et de nombreux enseignants et étudiants des universités de Constantine 2 et Sétif 2, des invités d’honneur et de nombreux citoyens de Mila et amis de Milev.
Un grand absent, tout de même, à ce rendez-vous annuel, il s’agit du membre fondateur, vice-président, SG et véritable cheville ouvrière de l’association, le regretté Ahmed Ziani, décédé en décembre 2015 et dont l’association a tenu à lui rendre un vibrant hommage, à travers les siens présents dans la salle, un geste plein d’émotion et de chagrin.
Dans la foulée et afin de donner plus d’impact et de crédit à la convention, qui a été renouvelée en 2015, entre la wilaya de Mila et l’université Constantine 2, un comité de pilotage constitué de 5 membres représentant l’université et 4 autres représentant la wilaya, a été installé avec pour mission de booster et de promouvoir la recherche et les études académiques en la matière, du vieux Mila et de tous les autres sites archéologiques recensés à travers la wilaya.
La première communication était l’œuvre de madame Sabah FerdiI, auteur de Voyage en Algérie antique chercheur associé au CNRPAH et plus connue pour avoir été chargée du site de Tipaza pendant plus d’un quart de siècle, communication intitulée «Le voyage d’Augustin dans son pays natal», lui qui était toujours en mouvement et sur les chemins pour s’enquérir et s’occuper de ses fidèles, passant 60 années de sa vie à voyager. Dans son intervention, l’oratrice a beaucoup insisté sur la relation de l’évêque avec Milev qu’i a du visiter pour la dernière fois, 4 années avant sa mort c’est-à-dire, en 426 pour y installer un autre évêque en remplacement à son ami Severe, décédé quelques temps auparavant.
Dans ses nombreux périples à travers sa Numidie algérienne, l’auguste évêque pratiqua sa propre philosophie qui consistait à croire que «Le corps voyage en changeant de lieu, l’âme voyage en changeant de sentiments.»
Le professeur-chercheur Youcef Aïbèche, de l’université de Sétif et fidèle parmi les fidèles de l’association des amis de Mila, a traité lui, le sujet des personnalités marquantes de Milev, étant donné que la prospérité des villes est largement dépendante de ses personnalités, concluant par dire qu’il y’a eu, vraisemblablement, un lobby milevien qui s’est toujours imposé à Cirta et ce, de l’antiquité à nos jours ! L’auteur de «Cirta – Constantine, la capitale céleste» et de «Béjaïa capitale des lumières» et de tant d’autres ouvrages, Abderrahmane Khelifa qui n’est plus à présenter, a soutenu que Milev a toujours fait partie, d’une manière ou d’une autre, du patrimoine de toutes les villes d’Algérie, parce qu’elle a, à toutes époques été une ville vivante. Pour lui, l’histoire de Milev avec ses personnalités marquantes, précédait celle de l’Algérie. “Tahadirt était l’épouse milevienne d’un émir zianide du 13e siècle !’’ Tenait-il à déclarer devant une assistance ébahie et ayant toujours soif d’apprendre davantage. Bouba Medjani de l’université de Constantine a, quant à elle, épluché quelques manuscrits du début du 16e siècle, actés et notariés, relatifs aux biens habous de la ville de Constantine de l’époque, détenus par des familles nobles de Constantine et des familles mileviennes aisées (mosquées, biens immeubles, terres agricoles etc.)

vendredi 29 avril 2016

Abderrahmane Khelifa. Docteur en histoire et écrivain

Je veux montrer que civilisation urbaine

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le 29.04.16 | 10h00 Réagissez

Un cours magistral sur l’histoire de la ville de Béjaïa que propose Abderrahmane Khelifa dans son nouveau beau livre Béjaïa, capitale des lumières, édité chez Gaia éditions. Découvrez l’histoire des dynasties les plus influentes, les savants, la vie politique, religieuse et économique d’une cité qui a marqué la Méditerranée.

- Votre beau livre Béjaïa capitale des lumières publié aux éditions Gaïa est un important travail de recherches documentées. Vous aviez consacré combien de temps à la constitution de cet ouvrage ?
Je travaille depuis plus d’une dizaine d’années sur les grandes villes du Maghreb central, des villes qui furent des capitales, comme Constantine, Tlemcen et Alger. Il était normal que Béjaïa soit de celles-là. Elle a été la capitale d’un royaume et la deuxième capitale de l’Afrique du Nord à être sur la Méditerranée après Mahdia, en Tunisie.
Il faut dire que la richesse de son histoire m’a demandé beaucoup de temps à confectionner ce livre, amasser la documentation et les photos et les agencer pour en faire un livre. Je peux dire que je l’ai commencé en 2012 après la sortie de mon livre sur Tlemcen, c’est-à-dire près de quatre ans. Mais je dois dire que c’est actuellement le plus volumineux de mes livres.

- De dynastie à tribu, de vestige à monument, qu’est-ce qui a été le plus difficile en matière de documentation pour votre livre ?
Dans ce type de livre qui raconte l’histoire d’une ville depuis les temps préhistoriques à nos jours, vous devez lire tout ce qui a paru sur la ville et son histoire. Tout ce qui a favorisé la constitution d’une agglomération, son développement et parfois son déclin et/ou sa renaissance. Il est évident que le rôle des historiens et géographes qui ont visité ou décrit la ville est primordial et vous devez analyser et interpréter ce qu’ont dit des hommes comme El Bekri (XIe siècle) ou El Idrissi (XIIe siècle) ou encore Ibn Hamdis le Sicilien qui, à travers ses poèmes à la gloire de Béjaïa, a décrit ses monuments. Ibn Khaldun est évidemment incontournable pour comprendre la force des confédérations de tribus qui arrivent au faîte de leur puissance pour constituer une dynastie.
Et là, Béjaïa a bénéficié de la grande confédération des Sanhadja, parmi lesquels il faut citer les Kotama qui furent le fer de lance de la dynastie hammadite. Il faut dire que ces Kotama jouèrent déjà un rôle à l’époque antique puisqu’ils sont signalés comme étant installés dans cette région de la Soummam et dans les Babors. Quant aux monuments, on est obligé de s’appuyer sur ce qui reste comme vestiges et sur les études qui ont été faites. La disparition de certains monuments ou leur dégradation n’aide pas à la description des vestiges.
- Béjaïa capitale des lumières est avant tout un hommage à cette ville qui avait une très grande influence en Méditerranée. Pensez-vous qu’il reste encore des traces de cette influence ? Dans des pays voisins par exemple ?
Béjaïa, capitale des lumières est évidemment un clin d’œil au nom de Bougie, mais la ville a rayonné sur l’ensemble de la Méditerranée du point de vue politique, économique mais surtout culturel. En effet, la ville fut à l’époque hammadite un pôle intellectuel important qui attira un grand nombre d’intellectuels. Prenons le seul cas de Sidi Boumedienne, qui a enseigné un quart de siècle dans la ville de Béjaïa. Sa réputation était telle qu’on venait de partout pour suivre son enseignement.
Cette réputation fit peur au khalife Abû Yaqub el Mansour, le troisième de la dynastie almohade qui le fit convoquer à Marrakech. Il mourra en cours de route à Aïn Taqbalt, près de Tlemcen et fut enterré à El Eubbad qui prit le nom de l’illustre soufi. Il ne faut pas oublier que c’est à Béjaïa qu’Ibn Toumert et Abd el Moumen se rencontrèrent pour fonder la future dynastie qui allait unifier l’Afrique du Nord.
Faut-il pour autant oublier Ibn Khaldun qui y fut à la fois enseignant et Premier ministre ? Et Léonardo Fibonacci, fils du directeur de la douane des Pisans qui s’illustra par sa fameuse suite en mathématiques ? On pourrait allonger la liste. Il suffit de consulter le livre des savants de Béjaïa d’El Ghobrini qui en cite plus d’une centaine. Oui, nous pouvons dire que Béjaïa fut un phare pour la Méditerranée.
Du point de vue de l’architecture, la civilisation hammadite a influencé les autres villes de la Méditerranée. Ainsi, les palais de la Ziza à Palerme étaient inspirés des palais hammadites. Les lions de la cour de l’Alhambra sont les cousins de ceux de la Qal’a des Beni Hammad. Il ne faut pas oublier que Zaoui, frère de Bologguin, émigra en Andalousie et se tailla un fief à Grenade. D’ailleurs, le minaret de la Giralda de Séville est inspiré de celui de la Qal’a des Beni Hammad
- Vous consacrez une grande partie au commerce qui se pratiquait à Béjaïa ; jusqu’où son influence s’étendait-elle ?
Déjà Saldae, la Béjaïa antique, exportait ses produits (huile, blé, vin…) dans le monde romain. Des traces de ce commerce furent trouvées à Rome et dans d’autres ports de la Méditerranée. Béjaïa fut le terminal du commerce du Maghreb central. Héritière de la Qal’a des Beni Hammad, Béjaïa exerçait son influence jusque dans le Hodna et le Sud de l’Algérie (Touggourt, Biskra, Ouargla). Mais les caravanes allaient au-delà dans le Bilad El Soudan pour amener la poudre d’or (tibr).
Tous les Etats ou Républiques italiennes avaient leurs fondouks à Béjaïa. Les différents traités de paix et de commerce attestent d’une vitalité de ce commerce à Béjaïa. Les villes du Maghreb, d’Egypte et de Syrie échangeaient leurs produits avec ceux de Béjaïa qui avait un arrière-pays riche en matières premières. Les archives européennes attestent de l’importance de ce commerce avec Béjaïa qui est citée dans les différents traités.
- Quels sont les personnages ou familles qui ont fait évoluer la ville, et ceux qui ont fait perdre du prestige à cette cité et pourquoi ?
Béjaïa a vu défiler un grand nombre d’hommes de lettres et de juristes (cadis). Si vous prenez le livre d’El Ghobrini, vous trouverez les grands savants qui donnèrent ses lettres de noblesse à Béjaïa : les Ghobrini, les El Machadali, les Zouaoui, les Ath Oughlis, les Menguellati, les Hammad, les El Qal’i (Qal’a des Beni Hammad). Cela montre que la ville était le réceptacle de tous les lettrés qui parfois allaient parfaire leur savoir en Orient pour revenir enseigner dans les universités de Béjaïa.
Cela n’empêchait pas les Andalous de venir à Béjaïa pour bénéficier de ce climat intellectuel et nombre d’entre eux vinrent s’installer à Béjaïa pour finir leurs jours. Bien sûr, les dynasties hammadite et hafside encourageaient les savants et les arts et cela créait un climat culturel important. L’occupation espagnole en 1509-1510 ruina la ville qui ne se releva pas de près de quarante ans d’occupation. La période ottomane relégua la perle du Maghreb à une simple garnison tenue par des janissaires. L’occupation française ajouta à cette décadence. La ville ne retrouva plus son lustre d’antan et les monuments qui firent sa gloire furent détruits.
- Après Béjaïa, pensez-vous vouloir explorer une autre ville ?
Vous savez, ce sont ces projets qui me font vivre dans le sens où je veux terminer une œuvre. Celle de montrer que nous sommes une civilisation urbaine depuis l’antiquité. D’ailleurs, j’essaie de montrer une continuité dans notre histoire. C’est ce que j’essaie de montrer dans mes ouvrages. Les périodisations ne veulent rien dire.
Oui, j’ai commencé à travailler sur la Qal’a des Beni Hammad qui fut également une grande capitale. Le livre est pratiquement terminé.  Mais il me reste encore à entamer l’histoire de la civilisation rostémide à travers son ancienne capitale Tihert et ses prolongements vers Issedraten et la vallée du M’zab. Je suis en train de réunir la documentation. Encore un pan de notre histoire à faire connaître.

 

Abderrahmane Khelifa

Ancien élève de l’Ecole normale supérieure, tit

lundi 25 mai 2015

Abderrahmane Khelifa, historien et archéologue

« Les archéologues sont marginalisés au profit des architectes »

Entretien réalisé par : Amine Goutali
Publié le 23 mai 2015

Vieux de la vieille et éminence grise du secteur, l’ancien directeur du patrimoine culturel au ministère de la Culture déplore, dans cet entretien, en marge d’une conférence qu’il a donnée, mercredi dernier à Alger, sur la Qaâla de Beni Hamad ( il vient de lui consacrer un ouvrage), la mise à l’écart de l’élite qui a donné à l’archéologie algérienne ses lettres de noblesse. Il appelle à la révision de la loi 98-04 relative à la protection du patrimoine. Décryptage...
L’ex-ministre de la Culture, Nadia Labidi, a jugé indispensable la révision de la loi 98-04 relative à la protection du patrimoine culturel. Y a-t-il réellement ce besoin alors que cette loi est vantée dans le domaine ?
Je crois qu’il faut réviser cette loi que je trouve dépassée et trop figée dans sa conception. Elle a été conçue par des juristes et non par les gens du terrain, en l’occurrence les archéologues. De même qu’elle privilégie les architectes au détriment des archéologues qui ont été moins impliqués que les premiers dans son élaboration.
Autrement dit, les archéologues ont été tout simplement marginalisés…
Effectivement. Ce qui n’est pas normal d’ailleurs. Il faut savoir que l’archéologue est le premier à être sur le terrain, notamment à travers les opérations de fouilles. Donc, c’est lui qui apporte les éléments et procède aux découvertes des vestiges. Concernant les architectes, nous constatons, malheureusement, qu’à ce jour, il n’y a pas eu de grands spécialistes de la restauration à même de prendre en charge des pans entiers de notre histoire.
Est-ce dû au manque de formation ?
Exactement. Il ne s’agit pas seulement d’être titulaire d’un magistère de l’Ecole polytechnique d’architecture et d’urbanisme (EPAU) pour être un bon architecte restaurateur. Un apprentissage sur le terrain s’impose de fait.
Que pensez-vous de la mise en œuvre, par la tutelle, d’un nouveau découpage territorial d’aménagement des espaces culturels, notamment dans l’espoir, soutient-on, d’un meilleur rééquilibrage en matière de classement des sites archéologiques ?
C’est quoi la territorialité ? Si c’est pour décentraliser la gestion du patrimoine, c’est une bonne initiative. En réalité, cette gestion reste, malheureusement, très centralisée. Pour la réalisation d’un musée, par exemple, il faut l’aval de la tutelle. Idem pour les procédures relatives aux monuments. Il aurait fallu, à mon avis, revenir aux circonscriptions archéologiques pour être plus proche de la réalité. Il faut le dire tout net : on ne sait pas trop ce qui se passe au niveau des sites archéologiques. On détruit et démolit des dizaines de vestiges parce que les archéologues, censés alerter contre ces atteintes, ne sont pas sur le terrain. Et cela ne relève pas du travail des architectes
Plusieurs objets restitués, dont le fameux masque de Gorgogne, sont actuellement exposés au musée des antiquités. Comment voyez-vous la politique de lutte contre le trafic des biens archéologiques ?
Je crois que la seule façon de lutter contre ce trafic, c’est de doter les différents sites de structures administratives et de sécurité, comprenant, entre autres, des gardiens, des architectes et des archéologues. Allez à Madaure (1), par exemple, ou dans le Tobna (2). Vous ne trouvez personne pour assurer la protection de ces sites. Pire, la Qaâla de Beni Hammad, un site de première importance, classé patrimoine universel par l’Unesco, est laissé pratiquement à l’abandon. Vous savez, cette pierre qu’on enlève ou qu’on vole c’est comme une partie de votre chair qu’on ampute. On ne peut donc s’étonner de l’ampleur du trafic si on laisse à l’abandon les sites et les monuments touchés.
D’aucuns parmi les gens du patrimoine déplorent le fossé entre la société et le patrimoine culturel…
Il grand temps de revoir les programmes d’Histoire dans les écoles. Il faut que les élèves, d’abord, se sentent rattachés à ce patrimoine. Que pensez-vous du plan de restauration de la Casbah d’Alger ? J’ai tout récemment effectué une visite dans la Casbah où j’ai constaté l’ampleur des dégâts dus à l’effondrement de plusieurs bâtisses. A la rue du Diable, par exemple, trois maisons sont tombées et bouchent complètement la rue. Plus haut que Dar Khdaoudj el Aâmia (qui abrite le Musée national des arts et traditions populaires) une autre s’y est affaissée. Résultats des courses ? Pourquoi faire des études et des plans d’urgence qui n’aboutissent pas.
Que pensez-vous vous des opérations de restauration et de mise en valeur entamées dans l’antique Cirta, au cours du grand évènement culturel, « Constantine, capitale de la culture arabe 2015 » ? 
Les travaux de restauration entrepris ne sont, malheureusement, pas à la mesure de cette manifestation culturelle. Heureusement que le musée de Cirta est toujours là conservant un certain nombre d’objets et de statues qui lui donnent toute l’importance. Je note, à l’occasion, qu’une opération de fouilles, qui s’est faite à l’emplacement où devait s’élever la bibliothèque de Constantine, a permis la découverte et le sauvetage de vestiges, et ce, grâce à l’arrêt, in extremis, du chantier en question. Résumons : quand on n’associe pas les gens du patrimoine, on efface peu à peu notre histoire.
Qu’en est-il de la contribution du mouvement associatif dans la préservation et la mise en valeur du patrimoine culturel, jugé « timide » par certains intervenants ?
Elle n’est pas timide. On ne le laisse plutôt pas travailler. Peut-être parce qu’il fait de l’ombre aux administrateurs. Ces derniers ne pourraient, évidemment, tout faire seuls. Ils devraient, au contraire, prêter main-forte à ces bénévoles qui travaillent par amour et passion pour ces vieux vestiges qui incarnent notre culture identitaire.
Idem pour les étudiants en archéologie ?
Il y a un carcan qui fait qu’on ne peut pas intervenir parce qu’il y a une bureaucratie.
A. G.
(1) Madaure : vieille cité numide et importante colonie romaine située à 5 km à l’est de l’actuelle Mdaourouche et à 50 km de Souk-Ahras, ville natale de l’un des précurseurs du roman, Apulée de Madaure (125-170 après J-C) auteur de l’âne d’Or. Le célèbre philosophe chrétien, Saint-Augustin (354-430 après J-C), y fit ses études.
(2) Tobna : situé à 4 km au sud de Barika entre les routes de M’Doukel et de Biskra. Classée patrimoine national depuis 1967, c’est l’une des plus anciennes villes romaines citées par Pline l’Ancien dans son Histoire naturelle.

Renvois tirés du Dictionnaire encyclopédique de l’Algérie, d’Achour Cheurfi