mardi 4 février 2020

CULTURE / CULTURE

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ABDERRAHMANE KHELIFA, CHERCHEUR ET AUTEUR, À “LIBERTÉ”

“Les Algériens ignorent pour la plupart l’histoire de leur pays”

© D. R.

Parmi les nombreux  auteurs  invités au Salon du livre de Tizi Ouzou (18-23 janvier) figure Abderrahmane Khelifa, cet infatigable  chercheur  féru d’histoire, protecteur du patrimoine, citoyen soucieux  de  la sauvegarde et de la transmission.  Rencontré sur place, en marge  de  la  conférence qu’il  a  coanimée  avec  Kamel  Stiti,  le  directeur  du  Parc  culturel   de Laghouat, il a bien voulu répondre aux questions de Liberté.
Liberté : Un mot sur votre participation à ce Salon du livre.
Abderrahmane Khelifa 
: Je suis heureux de participer avec les éditions Gaia à cette 12e édition du Salon du livre de Tizi Ouzou, avec des livres historiques, l’un sur Alger, l’autre sur Béjaïa, ainsi que le tout dernier qui est une chronologie de l’Algérie. Mais ma participation effective est une conférence que j’ai animée sur l’histoire de l’Algérie depuis deux millions quatre cent mille ans jusqu’à nos jours.
J’ai présenté des images de monuments à caractère historique à travers toutes les périodes de notre histoire. Ce qui est important à souligner, c’est la présence de jeunes lycéens qui étaient étonnés mais ravis de connaître l’histoire de leur pays de Tébessa à Maghnia et d’Alger à Tamanrasset à partir de sites et de monuments existants. 
Quelle est selon vous l’utilité de ce genre de rencontres ? 
Justement, ce genre de rencontres va permettre à nos jeunes élèves et lycéens de sortir du cercle restreint de leur wilaya, de découvrir leur pays et de s’ouvrir à d’autres régions du pays et même de s’ouvrir au monde. Et cette initiative qui est prise par la wilaya de Tizi Ouzou d’inviter la wilaya de Laghouat est une idée magnifique et incroyablement positive. Quoi de plus beau que de voir ces gens de Laghouat habillés en burnous à poils de chameau rencontrer leurs hôtes kabyles en burnous blanc.
C’est beau de voir ce croisement, et c’est utile de remonter à l’histoire et de savoir que cette ressemblance de coutumes et de costumes remonte à loin ; les études ont prouvé ce lien qui vient de l’époque numide des Massyles, les Massylii, et confirment la rencontre et le croisement parfois de ces gens du désert, ces nomades, avec les Berbères sédentaires. D’où l’importance justement de ce genre de rencontres pour rappeler cette histoire.
Faudrait-il les relancer et les multiplier, selon vous ? 
Oui, faire beaucoup de rencontres sur l’histoire du pays et surtout un peu partout sur le vaste territoire qu’est l’Algérie. Les gens sont très demandeurs, et nos jeunes sont curieux de tout, ce sont les initiatives qui font défaut. Par ailleurs, ce que j’ai beaucoup apprécié ici, et je tiens à le dire, c’est que les organisateurs offrent des livres. 
Et nous avons besoin d’offrir des livres. L’auteur a besoin de voir ses livres offerts comme présents, tout comme l’éditeur qui a besoin d’être encouragé. Quel beau geste que d’offrir ou de se faire offrir un livre comme cadeau au lieu d’un diplôme dont on n’a que faire. On a déjà notre diplôme universitaire qui nous suffit. C’est le livre et l’auteur qui doivent être valorisés. 
Pourquoi cet intérêt pour les villes d’Algérie dans vos travaux de recherche ? 
Justement, à travers mes recherches, puis mes publications, c’est à dire “des livres qui vont pérenniser des lieux, des dates et des monuments”, je tiens par-dessus tout à intéresser chaque lecteur, chaque citoyen, à sa ville, à son environnement, et lui faire comprendre que là où il vit c’est une page d’histoire qui s’y est écrite tout aussi importante que les autres régions du pays. Et qu’il doit donc s’y intéresser et en être fier. 
Vous avez publié récemment Chronologie de l’histoire de l’Algérie...
Chronologie de l’histoire de l’Algérie a été très bien accueilli par les lecteurs et a connu un franc succès lors des signatures au Sila ou en librairie. Il s’agit d’un livre où j’ai voulu répertorier toutes les dates de l’occupation de l’Algérie par différentes dynasties, car j’ai constaté que les Algériens ignoraient, pour la plupart, l’histoire de leur pays. Ce travail est destiné à tout le monde et pas seulement aux initiés, c’est pourquoi il n’y a pas de détails ou de commentaires, ce sont juste des dates accompagnées d’images pour appuyer et convaincre de la véracité du fait. Car les gens ont besoin de voir pour y croire. 
C’est le cas par exemple de la région de Aïn Boucherit à côté de Sétif, premier berceau de l’humanité depuis deux millions quatre cent mille ans ; il fallait donner une image pour que les gens y croient. C’est une forme didactique d’apprentissage. C’est ma façon à moi d’intéresser le citoyen à son passé, à son identité, de le pousser à voyager dans d’autres villes, de lui donner envie de connaître l’autre et d’apprécier la richesse et la diversité de l’Algérie à travers son histoire et son patrimoine. 

mercredi 13 juin 2018

La caravane d’Artissimo vers la destination de “l’histoire de lieux et l’histoire de vies” a fait une halte à l’escale “spiritualité”, où les habitués du cycle de conférences d’Artissimo attendaient l’écrivaine Zoubeida Mameria qui revenait d’un Voyage au bout du délire (éd. Alpha 2011), où l’avait accompagnée l’historien et archéologue Abderrahmane Khélifa et Mohamed Atbi, juriste et directeur de collections aux éditions Librairie de philosophie et du soufisme. Emmenée à l’allure du zéphyr par la guide Zafira Ouartsi Baba, l’itinéraire augurait ce mois de juin d’une conférence-débat sur l’Alger mystique dans le genre sahra-bivouac aux abords de m’qem de Sidi-Abderrahmane Ethâalibi, ce saint qui veille de sa sainte garde sur El Djazaïr des Béni Mezghenna. Et, lors de la ziara (visite), l’auditoire s’est recueilli au dahir (mausolée) où gît le saint Sidi-Ouali Dada qui, selon la légende, implora la fureur des flots afin d’engloutir l’armada de l’empereur Charles Quint (1500-1558) lors de l’attaque contre El-Djazaïr en l’an 1541. Rassurants qu’ils étaient, la population y trouvait refuge auprès du saint Ouali Dada, eu égard à son âme de résistant aux côtés de Sidi Bouguedour ou l’homme aux marmites, a-t-on su d’Abderrahmane Khélifa. “Sidi Ouali Dada s’était aventuré en mer au plus fort de la bataille. Sourd à la fureur des canons, Sidi Ouali Dada fendaient les flots à l’aide de son bâton de pèlerin jusqu’à ce que la houle engloutit de par le fond, la flotte de Charles Quint,  qui échoua sur les rives de l’actuel Mohamed-Belouizdad (ex-Belcourt) et sur le rivage d’El Harrach.” Pendant ce temps, et pour chaque cruche de cassée par le saint Sidi Bouguedour, une frégate s’échouait contre le fracas des récifs d’El-Djazaïr qui accéda ainsi au statut d’El Mahroussa (la bien gardée), a déclaré l’auteur d’Alger : histoire et patrimoine (2010). Et depuis, la vox populi y allait de son rajout à une légende où le miraculeux avait triomphé de la puissante force armée de la chrétienté ! Et l’instant envoûtant mais succinct d’une intervention, Abderrahmane Khélifa a feuilleté pour l’assistance, son livre L’histoire d’El-Djazaïr, où le rituel du sel de Sidi H’lal et l’épopée du saint Sidi M’hamed dit Bouqebrine ou l’homme aux deux tombeaux et fondateur de la tariqa rahmania envoûta l’auditoire. Du reste, l’auteure de Fragments d'histoire et brins de croyance (éd. Apic 2011) a déclaré que l’être humain est faible et ressent la fausse “impérieuse” nécessité d’être assuré à l’aide du cérémonial de l’encens, de la lueur de la bougie et du fétiche de la khamsa ou l’œil de Fatma qui ne lui sont d’aucun secours, en réalité. Donc, autant s’en remettre à Dieu, car “Dieu est lumière ! Dieu est amour !”, a martelé Zoubeida Mameria. Ceci dit, l’oratrice s’enchante d’une qaâda à Sidi Abderrahmane, d’abord pour l’esthétique du bâti et la tranquillité des lieux, mais jamais pour y prier. Du reste, nos saints et nos traditions demeurent scellés à l’islam de nos parents, source de tolérance où le vivre-ensemble n’est pas un slogan creux. À ce sujet, Mohamed Atbi a déclaré : “Le tassaouf  (soufisme) symbolise l’accession vers l'élévation spirituelle de l'âme, notamment de nos jours, où l’islam est l’objet de tourments qu’a engendré l’illusionnisme de charlatans de tout acabit. D’où l’optique de la quête de l’amour pour Dieu, l’acceptation de l’autre et son prochain quelles que soient nos différences. Ce n’est qu’à cette condition que l’on abolira enfin l’ignorance et accéder ainsi au savoir ainsi qu’au savoir-vivre dans la paix et la bonne humeur.” De telles rencontres, les curieux de l’art en redemandent.
Louhal Nourreddin

jeudi 26 octobre 2017

Les vestiges de Honaine, un site majeur pour le patrimoine culturel national

 Publié Le : Mardi, 24 Octobre 2017 16:56    Lu : 139 fois
TLEMCEN - Les vestiges historiques de Honaine, commune chef-lieu de daïra située à une cinquantaine de kilomètres de Tlemcen, constituent un site majeur pour le patrimoine culturel national, a indiqué mardi l’archéologue et historien Abderrahmane Khelifa.
Cette cité renferme de nombreux sites et monuments historiques millénaires qui ont fait d’elle un passage obligé pour la "Route de l’or", a-t-il évoqué lors d’une conférence intitulée "Honaine la médiévale", animée au Centre des études andalouses de Tlemcen relevant du Centre national de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques (CNRPAH).
Cette importance, Honaine la doit à la triangulation qui marque son implantation à quelques vols d’oiseau de Siga, berceau du royaume de Syphax (Ain Temouchent), Altava la romaine (Ouled Mimoune actuellement) et Pomaria, a-t-il signalé, rappelant qu’elle a fait l’objet, en 1993, de sa thèse de doctorat soutenue brillamment à l’université d’Aix En Provence.
Honaine fut appelée par les romains Gypsaria et Artisiga. Les espagnols lui donnèrent l’appellation de "One", a indiqué le conférencier.
Son intérêt pour Honaine remonte à 1970, année à laquelle il décida de lancer des fouilles archéologiques sur place pour mettre à jour d’importants sites et monuments historiques enfouis, par les effets du temps et par les occupants espagnols et coloniaux, notamment, a-t-il fait savoir. Certains de ces monuments, dont des stèles très anciennes, sont  exposés au musée de Tlemcen, a-t-il ajouté, déplorant les dégradations subies par la cité médiévale du fait des constructions.
Honaine, qui a connu une grande apogée après la naissance d’Abdelmoumène Ben Ali El Mouahidi El Koumi, fondateur de la dynastie des Almohades, drainait l’or à travers son passage où des ruines existent toujours, notamment des tours de guets, dont celle de Sidi Brahim. Les expéditions d’Abdelmoumène Ben Ali après sa rencontre avec Ibn Toumerte à Bejaia, vont conférer à cette cité un rôle majeur, a-t-il évoqué, rappelant la destruction du vieux rempart de l’ancienne cité, par les habitations édifiées en 1928 et par le village de regroupement de l’armée coloniale française en 1950.
Les fouilles effectuées par Abderrahmane Khelifa ont permis de mettre à jour, également, la Casbah et le port et son chenal, entre autres. Les ports de Mahdia en Tunisie, de Salé au Maroc et de Bejaia en Algérie avaient ce même type de chenal qui ouvrait la voie du port aux embarcations, a-t-il fait savoir, rappelant la prise en main de la "Route de l’or" par la tribu de Banou Hillal aux dépens des rois zianides.
Selon le conférencier, ces mêmes fouilles ont mis au jour de nombreuses maisons comme décrites par Léon l’Africain au 15ème siècle, renfermant 12 formes de puits et des céramiques vernissées. Cette même cité abrita le port des Ifrenides, lequel deviendra plus tard le port le plus important des Almohades en Afrique du Nord, qui sera par la suite l’un des deux ports des Zianides de Tlemcen. Le port sera partiellement détruit en 1534, après une brève occupation espagnole. Honaine a vu débarquer un nombre important de réfugiés Morisques.
Lors des débats, l’accent a été mis par l’orateur sur l’intérêt de protéger ce qui reste de vestiges enfouis sous terre à Honaine, ainsi que les parties de remparts et tours de guet encore debout.
L’assistance s’est intéressée, également, au livre écrit en 2007 par Abderrahmane Khelif et intitulé "Honaine, ancien port du royaume de Tlemcen"  qui décrit cette cité qui abritait le vieux port qui constituait, entre la période allant du 13eme au 15eme siècle, la porte du Maghreb arabe par laquelle s’opéraient les échanges de commerce entre l’Andalousie, l’Europe et l’Afrique.
Cette rencontre s’insère, selon le responsable du centre Ismet Touati, dans le cadre du cycle de conférences mensuelles, colloques et journées d’études, organisés entre mai et septembre, par ce centre qui se consacre à la recherche.
Last modified on mardi, 24 octobre 2017 17:03

vendredi 18 août 2017

La wilaya de Mila pourrait devenir un pôle pour le thermalisme à part entière compte tenu du nombre important de sources thermales qu’elle recèle et de l’importante affluence que ces établissements connaissent même en période estivale.

Comment trouvez-vous l’état du patrimoine culturel algérien classé par l’Unesco depuis des années ? Pensez-vous que ce patrimoine culturel universel soit suffisamment pris en charge en matière de réhabilitation et de préservation ?
Vous faites là référence aux sept sites du patrimoine mondial que j’ai eu l’honneur de faire classer lorsque j’étais en activité avec les conservateurs des sites, à savoir la Qal’a des Béni Hammad (1980), le Tassili n’Azjer (1982), Tipasa (1982), Djemila (Cuicul) (1982), Timgad (1982), la pentapole du Mzab (1982) et La Casbah d’Alger (1992). Ces sites représentent toutes les grandes phases historiques de notre patrimoine et protégeaient ainsi de grands ensembles avec un périmètre de sauvegarde de deux cents mètres en zone rurale et 50 mètres en zone urbaine. Ces sites sont traités comme tous les autres sites nationaux qui sont aussi importants et n’ont aucune protection particulière.
Nous avions, avec des collègues, proposé au début de l’année 2016, la création d’un organisme pour gérer uniquement ces sites. Cela ne s’est pas concrétisé malheureusement. Il faut remarquer que l’Algérie, malgré ses moyens, n’a plus réussi à classer le moindre site historique depuis ces années…
La plupart de ces sites qui couvrent des dizaines d’hectares, n’étant pas surveillés correctement, sont l’objet de vandalisme de la part des visiteurs. Il suffit de citer la nécropole de l’ouest de Tipasa, où les sarcophages sont éventrés régulièrement par des «chercheurs de trésors». Dernièrement, Le Figaro, journal français, a fait paraître un article relatant l’état du Tombeau royal maurétanien, il y eut un branle-bas de combat, alors que des professionnels dénoncent régulièrement cet état de choses depuis quelques années, sans que les autorités bougent. Le responsable du site a reçu un avertissement, alors qu’il n’y est pour rien…
Les sites qui sont loin d’Alger sont évoqués lorsqu’il s’y déroule un festival, à l’instar de ceux de Timgad ou de Djemila. Là aussi les dégâts sont importants lors de ces manifestations, car les organisateurs ne contrôlent pas toujours le flux des spectateurs et cela occasionne des destructions. Je me trouvais, il y a quelques années, à Timgad, quelques jours après le festival et j’ai pu constater les dégâts : des murs effondrés et même une vidange faite sur la voie antique par un camion de l’ENTV sans compter ici et là l’installation de fontaines…
Les sites du patrimoine mondial reçoivent des dizaines de milliers de visiteurs (écoliers, visiteurs, surtout nationaux) qui ne sont pas canalisés pour la visite des monuments qu’ils voient. Le site devient un lieu de détente pour les enfants, qui peuvent monter sur les murs ou sur le sommet de monuments comme celui du tombeau royal maurétanien ou jouer au football…

Le tourisme algérien ne peut pas être attractif si son patrimoine culturel n’est pas valorisé. Le gouvernement algérien dans ses discours ne cesse d’évoquer un développement économique national avec l’apport d’autres richesses que celles des hydrocarbures. Quel est votre commentaire ? Pourquoi cette inadéquation entre le discours et la réalité de l’état du patrimoine algérien qui continue à perdurer ?
Oui, au niveau du bassin méditerranéen, nous avons des sites majeurs et des circuits attractifs qui incluent les sites du patrimoine mondial. Nous avons en plus un tourisme cultuel, qui inclut les trois religions monothéistes et c’est un grand avantage (Tombeau du Rab à Tlemcen, Sidi Oucha près de Ghazaouet, Annaba, Souk Ahras, Timgad et autres sites pour le christianisme, Sidi Okba, Sidi Boumediène, la Zaouia Tidjania, le Mouwsem de Timimoun..pour les pèlerins musulmans). Les sites du Touat Gourara ne bénéficient d’aucune protection et sont en train de disparaître sous le béton ou l’abandon. Pourtant ils sont situés dans des paysages de rêve.
Malheureusement les infrastructures d’accueil ne suivent pas. Je ne parle pas seulement des hôtels, mais de la formation du personnel touristique et culturel. En effet, si vous prenez le seul site de Tipasa, vous ne trouvez pas de guides formés, ni de brochures ou de CD pour garder un souvenir de votre passage. Le tourisme est un tout.
Le seul site de Pompéi reçoit 2,5 millions de visiteurs par an. Des villes comme Barcelone, Rome, Florence, Venise… reçoivent plus de 10 millions de visiteurs ! Celui du Colisée 4, 5 millions de touristes. Nous paraissons débordés pour moins de 100 000 visiteurs… Car le personnel des sites est peu qualifié et se réduit la plupart du temps à un responsable  et des gardiens, Il n’y a ni restaurateurs ni architectes.
A ce propos, nos architectes qualifiés n’ont jamais fait des opérations de remontage d’édifices ou de restauration des monuments existants sur les sites…On m’a fait savoir que le minaret de la Qal’a des Béni Hammad, site musulman du patrimoine mondial, se fissure dangereusement.. Aucune étude pour le conforter et le consolider n’est, à ma connaissance, en voie de le faire…

Le risque du déclassement des patrimoines culturels par l’Unesco est-il possible ? Les conséquences du déclassement des sites, au moment où notre gouvernement propose d’autres sites à l’Unesco ?
Beaucoup de nos sites classés au patrimoine mondial peuvent être déclassés si on considère que les conditions de protection et de mise en valeur ne sont pas respectées. Les risques de déclassement sont évidents et l’Unesco est en droit de le faire quand un site subit des dégradations ou des constructions qui nuisent à sa visibilité ou à l’intégrité de son territoire. La Casbah est dans un piteux état.
Oui, c’est assez paradoxal. Mais maintenant l’Unesco est plus exigeante et demande aux Etats membres des garanties de protection. Vous remarquerez que des sites ou des monuments comme les Djeddars ou le Khroubs attendent toujours d’être classés. C’est pour cela qu’on axe plus sur le patrimoine immatériel, ce qui est plus «facile» du point de vue protection.

Des experts de l’Unesco viennent de rendre visite au site archéologique et au port de Tipasa. Nous sommes bien curieux des conclusions de leur mission, sachant que les gestionnaires du secteur de la culture avaient mis tout en œuvre pour que cette visite d’inspection des missionnaires de l’Unesco se déroule dans la discrétion la plus absolue. Or, durant les années 90, la visite des experts de l’Unesco avait toujours été caractérisée par des déclarations sur le site avec les journalistes. Comment interprétez-vous ce black-out médiatique voulu par les décideurs du secteur de la culture ?
Oui, une mission a été effectuée par l’Unesco pour voir les dégâts enregistrés sur le promontoire central qui donne sur le nouveau port de plaisance. Ce sont les conséquences de la construction du port entre le promontoire central (le phare où se trouve le forum) et le promontoire est (la nécropole de Sainte Salsa) qui porte atteinte à l’intégrité du site. Le caveau punique du IVe siècle avant l’ère chrétienne est perdu au milieu des barques et risque bientôt de disparaître. En plus de cela, le site est vandalisé et des sarcophages sont régulièrement profanés par des pilleurs. Les visiteurs n’hésitent pas à pique-niquer et à se baigner à l’intérieur du site, laissant des tas d’immondices et de bouteilles en plastique. Il ne faut pas incriminer les responsables des sites qui ont de la bonne volonté, mais qui gèrent avec les moyens du bord.
En ce qui concerne le black-out concernant les médias, cela ne sert à rien, puisque l’Unesco a dépêché des experts qui sont au courant et qui feront des rapports circonstanciés. Donc pourquoi cacher le soleil avec un tamis, comme dit un proverbe de chez nous. Je me rappelle qu’en 2006, la responsable du secteur nous avait empêchés de faire des conférences sur trois sites du patrimoine mondial (Casbah, Tipasa et Timgad) comme si ailleurs on ne connaissait pas la réalité du terrain

En votre qualité d’expert, quel regard  portez-vous à présent sur la situation, mais surtout que préconisez-vous pour sauver ce qui reste de ce patrimoine matériel qui souffre du mépris et de l’incompréhension de son environnement ? Le diagnostic avait été effectué? Mais pourquoi cette impuissance affichée à l’égard de ces témoins des civilisations qui avaient voulu immortaliser leurs passages dans notre pays.
Il me semble que les structures du patrimoine qui activaient effectivement sur le terrain ont été démantelées ces quinze dernières années. Les circonscriptions archéologiques ont été supprimées. Tout est géré à partir de la structure centrale du ministère.
On a démantelé l’Agence d’archéologie de protection des monuments et sites historiques. Cela a dispersé les forces qui étaient à peine naissantes, pour multiplier les organismes (Office de gestion des biens culturels, Centre national de recherches archéologiques, Agence nationale des secteurs sauvegardés, Centre pour l’architecture de terre, Agence des grands projets…) avec l’embellie financière qu’a connue notre pays. Ainsi, l’OGBC ne s’occupe que de la vente de tickets d’entrée ou presque, car nous n’avons pas de travaux dignes de ce nom sur les sites du patrimoine mondial.
Les responsables des sites ne sont pas consultés pour la tenue ou non d’un festival sur leurs sites, car ils ne sont que de simples fonctionnaires qui dépendent d’un chef de service puis d’un directeur de la culture, dont les préoccupations ne sont pas nécessairement relatives au patrimoine archéologique ou historique. Tous les autres aspects (restauration, recherche, fouilles, mise en valeur sont éparpillés en autant de centres… Cette dispersion des missions a amené le ministère de la Culture à se désengager d’un site du patrimoine mondial comme La Casbah d’Alger, qui est actuellement sous la tutelle de la wilaya d’Alger. Les visiteurs sont frappés par le non-ramassage des ordures et cela repousse de prime abord le touriste (voir les bennes à ordures devant le palais Mustapha Pacha qui est un monument très visité en Basse Casbah)

Quel est l’impact social et économique d’un patrimoine valorisé et entretenu en Algérie ? Pouvez-vous nous citer un exemple seulement, en mesure pour notre pays de s’inspirer de cet exemple afin de booster l’économie nationale?
L’impact économique et social est évident à la proximité d’un site. Ce dernier est pourvoyeur d’emplois (boutiques d’artisans, vendeurs de souvenirs, restaurants, hôtels, cafés, guides…), les sites du patrimoine mondial arrivent à peine à promouvoir cet élan économique. Cela pourrait se faire à grande échelle, mais pour ce faire il faut des infrastructures valables, une organisation qui puisse rendre attractif et canaliser le flot des touristes. Malgré ses sites d’une beauté remarquable, l’Algérie n’arrive pas à attirer les touristes.
Alors que d’autres pays avec moins de moyens chiffrent le nombre de leurs touristes en millions d’individus, comme l’Espagne, avec ses monuments musulmans (Grenade, Cordoue, Séville…), la Turquie, la Tunisie ou le Maroc. Ce patrimoine est à valoriser, car il est, en plus, le témoin vivant de notre passé et du fait qu’il est constitutif de notre identité, nous devons le protéger, le promouvoir et le valoriser. Nos sites et nos musées sont très riches en objets archéologiques et nous font voyager à travers le temps. Si vous partez à Tipasa, vous passez la journée à vous acheter de quoi manger ou vous allez au restaurant.
Donc la population locale profite de ces «choses mortes que sont les sites» et si le tourisme était mieux organisé, le profit serait beaucoup plus important. Là encore on préfère partir ailleurs, car les prestations ne sont pas à la hauteur de la beauté des sites archéologiques et elles sont plus chères.
M'hamed Houaoura

lundi 15 août 2016

Khelifa Abderrahmane publie un beau livre

Lumières sur l’histoire de Bejaïa

Publié le 20 mai 2016

La librairie « Chaïb Dzaïr » de l’Anep, récemment réaménagée, a accueilli l’historien et archéologue Khelifa Abderrahmane. Il a présenté son livre « Bejaïa, capitale des lumières », paru aux éditions Gaia. 
L’ancien élève de l’Ecole normale supérieure, titulaire d’un doctorat en histoire et archéologie, a d’emblée confié qu’il « est actuellement en train de préparer une série d’ouvrages qui retracent l’histoire des villes algériennes ». Il faut rappeler qu’il a déjà publié des livres intéressants sur des cités comme Tlemcen, Constantine et Alger. Celui-ci est le premier d’une série d’autres livres qui s’intéressent à l’histoire et au patrimoine de l’Algérie. « Je suis resté quatre ans pour réaliser ce travail sur Bejaïa à travers les époques médiévale, judéo-musulmane, espagnole et ottomane et durant la colonisation française », a-t-il affirmé. 
« Bejaïa, capitale des lumières », richement illustré de photos et de documents, relate l’histoire de la capitale des Hammadites, à travers des traités de commerce conclus avec les Byzantins, les Génois, les Florentins, les Marseillais et les Catalans. Ce travail s’appuie sur une documentation vers laquelle est orienté le lecteur curieux. Pour l’auteur de « Honaïne », l’Algérie a une tradition historique, un long passé mémoriel. « Nos villes sont chargées d’histoire, toutes ont des ancrages dans la préhistoire. Nous avons un substrat historique riche et important qui apparaît même dans notre vie quotidienne », explique-t-il. L’ouvrage éclaire le lecteur sur des événements marquants de l’Histoire. Avant d’être capitale, Bejaïa était occupée par des hommes préhistoriques. Elle avait un substrat historique très profond. 
Il a insisté, par ailleurs, sur la nécessité de récupérer les archives algériennes se trouvant à l’étranger. Elles sont indispensables pour les historiens qui peinent à mener leurs recherches, en particulier sur l’histoire moderne et contemporaine. Khelifa Abderrahmane a souligné qu’« un travail important reste à faire pour accomplir cette tâche », appelant les hommes de culture et les professionnels à se pencher véritablement sur cette problématique. Face à cette situation, l’historien révèle qu’il a connu lui même plusieurs difficultés d’ordre bureaucratique pour la réalisation de son travail. Il a évoqué notamment la prise de photos sur certains sites. A ce sujet, il a regretté qu’un chercheur étranger ait disposé de toutes les facilités pour mener à son terme son projet. 
S. S. Journal Horizons

mardi 31 mai 2016

IL VIENT D’ÊTRE PUBLIÉ AUX ÉDITIONS GAÏA

“Béjaïa, capitale des lumières” de Abderrahmane Khelifa


L’auteur Abderrahmane Khelifa vient de publier aux éditions Gaïa un beau livre intitulé Béjaïa, capitale des lumières, préfacé par Issad Rebrab, patron du groupe Cevital. Cet ouvrage de 538 pages, participe “à sa manière, à enrichir le patrimoine architectural et historique de la ville de Béjaïa et, partant, de l’Algérie”, est-il mentionné dans la préface. Illustré de nombreuses photographies de la région, de cartes et de portraits, le livre est accompagné de textes sur l’histoire (depuis la préhistoire jusqu’à la période musulmane), la population, la ville et ses monuments… Abderrahmane Khelifa a occupé de nombreuses fonctions dans les structures du patrimoine du ministère de la Culture. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, notamment Histoire d’El-Djazaïr Bani Mazghanna et Tlemcen, capitale du Maghreb central.

dimanche 15 mai 2016

Culture : Mila à travers l’histoire – acte XI
«Tahadrit, l’épouse milevienne d’un émir zianide»


Le colloque Mila à travers l’histoire, dans sa 11e édition, organisé comme il est de coutume, la dernière semaine du mois du Patrimoine (mai), par l’Association des amis du vieux Mila que préside le professeur Abdelaziz Segueni et toujours sous le haut patronage du wali de la wilaya, a connu, cette année, un succès retentissant, de part la qualité des communications présentées ainsi que le nombre et la richesse de l’assistance, responsables de wilaya, le recteur de l’université Constantine 2, M. Hadi Latrache, le directeur du centre universitaire de Mila,
M. Abdelwahab Chemame et de nombreux enseignants et étudiants des universités de Constantine 2 et Sétif 2, des invités d’honneur et de nombreux citoyens de Mila et amis de Milev.
Un grand absent, tout de même, à ce rendez-vous annuel, il s’agit du membre fondateur, vice-président, SG et véritable cheville ouvrière de l’association, le regretté Ahmed Ziani, décédé en décembre 2015 et dont l’association a tenu à lui rendre un vibrant hommage, à travers les siens présents dans la salle, un geste plein d’émotion et de chagrin.
Dans la foulée et afin de donner plus d’impact et de crédit à la convention, qui a été renouvelée en 2015, entre la wilaya de Mila et l’université Constantine 2, un comité de pilotage constitué de 5 membres représentant l’université et 4 autres représentant la wilaya, a été installé avec pour mission de booster et de promouvoir la recherche et les études académiques en la matière, du vieux Mila et de tous les autres sites archéologiques recensés à travers la wilaya.
La première communication était l’œuvre de madame Sabah FerdiI, auteur de Voyage en Algérie antique chercheur associé au CNRPAH et plus connue pour avoir été chargée du site de Tipaza pendant plus d’un quart de siècle, communication intitulée «Le voyage d’Augustin dans son pays natal», lui qui était toujours en mouvement et sur les chemins pour s’enquérir et s’occuper de ses fidèles, passant 60 années de sa vie à voyager. Dans son intervention, l’oratrice a beaucoup insisté sur la relation de l’évêque avec Milev qu’i a du visiter pour la dernière fois, 4 années avant sa mort c’est-à-dire, en 426 pour y installer un autre évêque en remplacement à son ami Severe, décédé quelques temps auparavant.
Dans ses nombreux périples à travers sa Numidie algérienne, l’auguste évêque pratiqua sa propre philosophie qui consistait à croire que «Le corps voyage en changeant de lieu, l’âme voyage en changeant de sentiments.»
Le professeur-chercheur Youcef Aïbèche, de l’université de Sétif et fidèle parmi les fidèles de l’association des amis de Mila, a traité lui, le sujet des personnalités marquantes de Milev, étant donné que la prospérité des villes est largement dépendante de ses personnalités, concluant par dire qu’il y’a eu, vraisemblablement, un lobby milevien qui s’est toujours imposé à Cirta et ce, de l’antiquité à nos jours ! L’auteur de «Cirta – Constantine, la capitale céleste» et de «Béjaïa capitale des lumières» et de tant d’autres ouvrages, Abderrahmane Khelifa qui n’est plus à présenter, a soutenu que Milev a toujours fait partie, d’une manière ou d’une autre, du patrimoine de toutes les villes d’Algérie, parce qu’elle a, à toutes époques été une ville vivante. Pour lui, l’histoire de Milev avec ses personnalités marquantes, précédait celle de l’Algérie. “Tahadirt était l’épouse milevienne d’un émir zianide du 13e siècle !’’ Tenait-il à déclarer devant une assistance ébahie et ayant toujours soif d’apprendre davantage. Bouba Medjani de l’université de Constantine a, quant à elle, épluché quelques manuscrits du début du 16e siècle, actés et notariés, relatifs aux biens habous de la ville de Constantine de l’époque, détenus par des familles nobles de Constantine et des familles mileviennes aisées (mosquées, biens immeubles, terres agricoles etc.)