vendredi 9 mars 2012


Nouvelle publication «Cirta, la capitale céleste»

Publié le 02/11/2011 à 02:44 - 154 visites
Source : infosoir
Nouvelle publication «Cirta, la capitale céleste»
Le prestige de l’histoire de Constantine est loin d’être un mythe, a souligné en substance, hier, l’archéologue et historien Abderrahmane Khelifa, au cours d’une conférence
débat autour de son ouvrage ‘Cirta, la capitale céleste’. Lors de cette rencontre organisée au café culturel El-Haouzi de Constantine, le conférencier, passant en revue toute une panoplie de preuves matérielles, notamment des diapositives de vestiges archéologiques témoignant de la richesse de l’histoire de l’antique Cirta, a souligné que le prestige de la ville «n’est pas fondé sur du vent, comme on a tendance à le penser au vu de la situation peu reluisante de la cité, aujourd’hui». Déplorant le fait que ces témoins d’une valeur inestimable pour l’affirmation de l’identité nationale et du sentiment d’appartenance des Algériens à leur pays, soient laissés à l’abandon ou très peu mis en valeur, le conférencier a conclu son intervention par un appel aux autorités de la ville pour «sauvegarder ces trésors et les montrer au monde». L’historien, comme les intervenants dans les débats, ont estimé que le Rocher de Constantine, son canyon et ses chemins touristiques, possèdent tous les critères pour être classés patrimoine de l’humanité, car rarement un site n’a autant illustré l’alliance de l’homme et de la nature durant autant de siècles et de millénaires, comme celui l’antique Cirta, l’une des plus vieilles villes du monde où les strates de l’Histoire se superposent sans discontinuer. Pourfendant les idées reçues selon lesquelles les Phéniciens seraient à l’origine de la fondation de Cirta, comme d’autres villes du pays, Abderrahmane Khelifa, dira que tous les occupants qui ont traversé notre pays, soit de manière pacifique, soit de manière belliqueuse, ont trouvé une terre habitée depuis l’aube de l’histoire.

jeudi 8 mars 2012


«ALGER, Histoire et Patrimoine» de Abderrahmane Khelifa : La prodigieuse odyssée d’Alger la blanche
La population algéroise la surnommait dans un vocable précieux et protecteur  «El-Mahroussa» ou la «bien-gardée» se rappelant au bon souvenir d’une capitale dont la lumière irradiait autrefois  la ville érigée derrière ses remparts autour d’une casbah toute en ruelles étroites d’où jaillissait le tumulte d’une vie ardente combien de fois détruite puis reconstruite, ville réputée imprenable par ses habitants  qui circulent entre ses fameuses portent qui se jettent en contrebas sur la miroitante baie.
Que d’historiens étrangers l’ont visitée au cours des siècles et en sont revenus subjugués par la beauté  du site  au paysage architectural si pittoresque qui se prête naturellement au  rêve.
Abderrahmane Khelifa l’aura en tous cas fait sien : réaliser un ouvrage  qui nous emmène  dans un voyage au bout des images et des mots à travers toute l’histoire d’une ville , son architecture, ses populations hétéroclites, ses langues ,ses édifices et ses monuments.
L’ouvrage qui semble avoir nécessité une recherche titanesque vu la quantité fabuleuse des informations tous domaines confondus qu’il contient, est sans aucun doute une œuvre de longue haleine compte tenu des innombrables références à des historiens, des ouvrages spécialisés  , des géographes et surtout «Les revues africaines». Une chose est certaine : Notre auteur qui est un ancien élève de l’école normale supérieure et docteur en histoire et en archéologie (Il a effectué de nombreuses fouilles dans les sites médiévaux d’Algérie), écrit des articles scientifiques et collaboré à des documentaires, est un vrai passionné d’histoire sur tout ce qui se rapporte de près et de loin à l’Algérie. Tout porte à croire qu’il  a mis du cœur à  l’ouvrage en réalisant ce projet et fait montre pour un lecteur averti d’un savoir encyclopédique vu l’étendue de ses recherches.
Entre l’ouvrage d’art et le livre d’histoire, on pourrait le classer ainsi l’ouvrage car «ALGER, Patrimoine et histoire» n’est pas à proprement parler ce que l’on pourrait appeler un guide touristique de vulgarisation scientifique mais un travail qui nous montre tout l’intérêt de l’histoire s’agissant de la naissance et de la construction de la ville d’Alger ainsi que les paramètres archéologiques , les différentes photographies qui illustrent le texte , tout cela dénote du souci d’un auteur de présenter au lecteur toutes ses connaissances en la matière.
Avec la plume d’un chercheur  qui quête sans cesse le point de vue objectif de son long récit ,  Aberrahmane Khelifa  brasse dans son livre tout ce qu’il a comme informations dignes de fournir une reconstitution  de l’histoire de la capitale .A commencer par  l’origine de son appellation : «La ville d’Alger a connu à travers les âges différentes appellations qui rappellent la présence des îlots dans son port : Eikosim, Icosium, Djazaïr Bani Mazghanna, Djazaïr el –Gharb.» Ce sont les commerçants européens qui n’arrivaient pas à prononcer son nom arabe qui l’auraient  traduit en Algésiras, Alguer et Alger .Sur la géographie du site l’auteur note l’existence d’une ville primitive qui se serait construite sur la colline à l’abri des vents, par la suite , elle se développe sur la partie concave de la baie à partir de Ras Tafoura jusqu’à la baie de l’Agha. Classé actuellement patrimoine mondial, le site était à l’origine constitué de nombreuses grottes contenant  des ossements que l’on a retrouvé tout au long du littoral. En 1860 on découvre des centaines de dolmens dans lesquels on a trouvé  la présence d’inhumations, de bijoux en bronze et vases  qui attestent d’après l’auteur d’une agglomération importante sur le territoire d’Alger.
C’est cette population autochtone qu’auraient trouvé les phéniciens lorsqu’ils fondèrent Carthage à savoir les peuples des Aguellids Massyles et Massaessyles.
A l’époque médiévale a lieu la conquête arabe par voie terrestre d’abord de Kairaouan vers Tanger, à Béghai dans le royaume des Aurès, puis à Frenda dans le royaume berbère des Djeddars, enfin à Altava( Ouled Mimoun) près de Tlemcen.
On découvre qu’Alger fut construite à la période des Zirides lorsque Ziri autorise son fils Bologhine à fonder trois villes :Miliana sur la rive orientale, Lemdia( Médéa)qui appartenait à la tribu des Sanhadjas et El-Djazaïr Bani Mazghénna  sur le bord de la mer. «Alger ville entourée de murs, se trouve au bord de la mer. Elle contient plusieurs  marchés et possède de nombreuses sources limpides qui coulent sur le rivage…Son territoire est formé de vastes plaines et montagnes peuplées d’un grand nombre de Berbères. » (p 26, citation de Hawqal, le premier écrivain à donner des informations sur la ville et que reprend notre auteur ).
Toutefois, la ville n’est pas encore la capitale, elle est sous contrôle des Hammadites, elle faisait encore partie de la province de Béjaia.
C’est au milieu du XIIè siècle qu’apparaît un mouvement religieux d’Ibn Tumert avec la naissance de l’empire Almohade que Abd-el-Mu’min conquiert le Maghreb central, l’auteur remarque d’ailleurs que cela va considérablement changer le paysage politique d’Afrique du Nord.
Au XIIIè siècle l’empire s’affaiblit et se scinde en trois parties : Les Hafsides avec Tunis comme capitale, Les Zayyanides au maghreb central avec Tlemcen comme siège du royaume et les Mérinides au maghreb extrême avec Fès comme capitale.
L’auteur énumère ainsi à travers des chapitres les différentes étapes historiques qui vont pousser, essentiellement dans la partie «Les temps modernes»  les gouvernants de l’époque  à choisir la ville d’El-Djazaïr comme capitale, une ville qui aura vécu des pans entiers de luttes intestines, des convoitises successives jusqu’à ce qu’elle devienne la ville capitale, carrefour des civilisations et des cultures avec un legs patrimonial qui fait aujourd’hui encore la richesse de ce site.

mercredi 7 mars 2012


morjane
01/03/2011, 15h57
Après son remarque ouvrage consacré à l’histoire d’El Djazaïr-Beni Mezghana, l’historien et archéologue Abderahmane Khelifa vient de mettre en évidence les fruits de ses nombreuses années de recherches, dans une nouvelle publication ayant pour sujet la ville de Cirta (Constantine), cristallisant au minimum trois millénaires d’histoire.

Sous le titre Cirta, Constantine, la capitale céleste, la publication, aux éditions Colorset de ce beau livre de 470 pages, très esthétique et magnifiquement illustré par des photos de sites et vestiges archéologiques multiformes, constitue, à n’en pas douter, un événement majeur pour tous ceux qui s’intéressent à la très riche et parfois glorieuse histoire de cette contrée, où vécurent des personnages aussi emblématiques que les rois numides Massinissa et Jugurtha.

Très didactique, la description de l’environnement géographique dans lequel avait évolué la «ville céleste» et la narration de sa longue et tumultueuse histoire, portent l’empreinte de l’auteur qui avait, est-il bon de le rappeler, enseigné durant plusieurs années à l’Ecole supérieure des beaux-arts et à l’Ecole polytechnique, d’architecture et d’urbanisme d’Alger.

A travers la quarantaine de chapitres qui structurent la publication, le lecteur sera agréablement promené à travers Cirta et certains de ses lieux, en s’attardant sur les espaces et les vestiges les plus emblématiques de son histoire.

Le livre est structuré en deux parties distinctes. La première partie, historique, retrace les évènements qu’a connus la ville de Constantine depuis la préhistoire jusqu’à l’époque contemporaine. La seconde partie est, quant à elle, consacrée à la formation de la ville, sa constitution depuis l’époque numide à nos jours, les monuments dans la ville et ses alentours permettant d’avoir une idée de ce qu’était l’architecture à cette époque. Comme pour tout ouvrage qui ambitionne de relater de manière aussi exhaustive que possible, une histoire aussi longue et aussi riche que celle de Constantine, il était nécessaire de la baliser pour des raisons didactiques au moyen de chapitres relatant chacun une époque donnée de l’histoire, les modes de vie correspondants, les grands hommes et les événements historiques qui l’ont marquée.

Les lecteurs trouveront un intérêt certain à lire chacun des quarante chapitres qui composent l’ouvrage, car ils sont bien écrits et truffés d’informations de première main recueillies à la faveur de longues recherches archéologiques et historiques auxquelles avait pris part personnellement l’auteur. Rappelons qu’Abderahmane khelifa, titulaire d’un doctorat en histoire et archéologie, a effectué des fouilles notamment sur les sites médiévaux de Tlemcen, de Honéine et de Quala’a Béni Hammade.

Il a également occupé de nombreuses fonctions dans les structures du patrimoine au ministère de la Culture et enseigné en post graduation à l’Ecole supérieure des beaux-arts et à l’Epau d’Alger. Il a contribué en tant que conseiller historique à la réalisation de nombreux films documentaires sur Massinissa, Jugurtha, Syphax, Juba II, Tiddis et Timgad.

mardi 28 février 2012

massinissa ( la Nation) 28 fevrier 2012


Massinissa

Abderrahmane Khelifa*
Jeudi 23 Février 2012



L’origine des royaumes berbères du Maghreb remonte probablement vers le milieu du deuxième millénaire avant l’ère chrétienne puisque nous savons par des dessins et des hiéroglyphes que des rois nord africains envahissent l’Egypte en 1227, en l’an 5 du règne de Mineptah. A la fin du IXe siècle avant notre ère, Elissa princesse de Tyr, négocie avec un roi Numide, Hiarbas, l’installation de sa petite colonie dans le golfe de Tunis. Plus tard au IIIe siècle avant J.C, ces rois numides apparaissent à travers les récits concernant les trois guerres puniques qui opposèrent durant plus de cent ans les deux grandes puissances de l’époque.          
  
C’est vers la fin de la première guerre punique, opposant Rome à Carthage, en 238 avant J.C, que Gaïa donne naissance à Massinissa. L’enfant, tout en apprenant le métier des armes dut recevoir une éducation princière, car descendant d’une lignée prestigieuse de rois Massyles. En effet ses ancêtres régnaient depuis plusieurs générations sur une grande partie de l’Algérie orientale et une partie de la Tunisie occidentale. Leur capitale était Cirta, l’actuelle Constantine. C’est tout naturellement que le jeune Massinissa part en Espagne pour combattre à la tête d’une armée numide aux côtés de ses alliés et voisins carthaginois. 
  
Massinissa se trouvait encore en Espagne quand son père, Gaïa mourut en 206 avant J. C. Il avait été alors contacté par des représentants de la République romaine qui cherchaient des alliés solides en Afrique pour pouvoir affronter Carthage. Devant l’alliance Carthage – Syphax qui prenait son territoire en tenailles, il fit un pacte d’alliance avec Scipion en 206-205. 
  
Ayant regagné l’Afrique pour faire valoir ses droits à la succession, il dut combattre ses rivaux qui avaient l’appui de Syphax , roi de la confédération des Massaessyles, qui régnait sur la partie occidentale de l’Algérie et qui avait pour capitale Siga, sur les rives de la Tafna. Les territoires Massyles furent envahi par Syphax qui réduisit Massinissa blessé à se réfugier en Tripolitaine. Là, Massinissa reconstitue son armée et engage avec l’armée de Scipion, débarquée en Afrique, les hostilités contre Carthage et Syphax. L’affrontement final a lieu à Zama en Octobre 202. La cavalerie numide avec à sa tête Massinissa joue un rôle essentiel dans la victoire. Carthage est vaincue, Syphax est blessé et fait prisonnier. Massinissa rentre dans Cirta et retrouve son trône. On dit qu’il retrouva la belle carthaginoise Sophonisbe qui lui avait été promise, mais qui fut mariée à Syphax en échange de son appui. 
  
Au lendemain de la victoire de Zama, Massinissa se trouve à la tête d’un vaste royaume qui devait s’étendre à l’ouest jusqu’au fleuve Moulouya. La limite orientale, elle, était mouvante et pendant un demi-siècle, Massinissa la fait reculer au détriment de Carthage considérant que ces possessions avaient appartenu à ses ancêtres. En 193, il soumet les villes de Tripolitaine. Cette politique de conquête fut entreprise par étapes. Il s’empara ainsi de nombreuses villes du littoral septentrional, de la côte du Sud Est et de la région des grandes plaines (Tunisie occidentale). Ces agrandissements territoriaux avaient entre autres conséquences de faire du royaume Massyle une puissance maritime héritière de l’ancien empire carthaginois. Depuis la Moulouya jusqu’à Tabarka, les ports numides, en plus de ceux qui jalonnaient les côtes de la petite Syrte et de la Tripolitaine assuraient le contrôle des exportations numides sur l’ensemble du bassin méditerranéen. Une flotte de guerre importante protégeait les bateaux de commerce. Cette ouverture vers le commerce attira des marchands italiens, grecs, égyptiens, syriens… De ces échanges, il subsiste de nombreux témoignages littéraires, épigraphiques et archéologiques. 
  
C’est surtout avec Rhodes, grande puissance commerciale que les marchands numides commercent. Un marchand de Rhodes fit élever une statue à Délos en l’honneur de Massinissa. Celui ci avait offert aux Rhodiens du bois de thuya et de l’ivoire. A Cirta, des amphores rhodiennes trouvées dans des sépultures témoignent de l’importance du commerce grec. Les estampilles conservées sur les anses de la plupart des amphores permettent de les dater du IIe siècle avant l’ère chrétienne. Un autre marchand grec, qui se flattait d’être son ami, lui fit élever une statue à Délos. 
  
Nicomède, roi de Bithynie, lui éleva aussi une statue pour son attitude bienveillante : Massinissa avait envoyé un chargement de blé qui fut vendu au profit du temple d’Apollon. 
  
Massinissa réussit à imposer la paix à ses sujets, anciens et nouveaux. Il développa parmi eux l’agriculture qui les attacha à la terre et les enrichit. L’historien Polybe pouvait écrire « Voici ce qu’il fit de plus grand et de plus merveilleux ; avant lui, toute la Numidie était inutile et considérée comme incapable par sa nature de donner des produits cultivés. C’est lui le premier, lui seul qui montra qu’elle peut les donner tout autant que n’importe quelle autre contrée, car il mit en valeur de très grands espaces » Massinissa encouragea le travail de la terre aux dépens de l’économie pastorale, la vie sédentaire au détriment du nomadisme et l’habitat groupé et en dur à la place de la tente que l’on transportait de pâturage en pâturage. Des témoignages épigraphiques et littéraires reconnaissent à la Numidie une production céréalière abondante et même excédentaire. Strabon parle « des terres qui fructifient deux fois ; ils font deux récoltes l’une en été l’autre au printemps, la tige de la plante atteint une hauteur de cinq coudées et une grosseur égale a celle du petit doigt : le rendement est de 240 pour un ». Tite Live signale des quantités considérables de blé fournies par Massinissa aux armées romaines pendant les guerres contre Philippe, Antiochus et Persée. 
  
Si les céréales occupaient dans l’agriculture numide une place de choix, les arbres ne manquaient pas à la richesse des grands domaines. L’olivier, la vigne, le figuier, le grenadier. Tous ces arbres fruitiers étaient cultivés en Numidie surtout autour des grandes agglomérations comme Cirta, Theveste, Dougga ainsi que sur les côtes. La culture de la vigne est attestée à Gunugu (Gouraya) à l’Ouest de Cherchell alors qu’à Leptis Magna et dans la région de Theveste, il y avait de vastes étendues d’oliveraies. Par ailleurs dans les régions méridionales, les Numides cultivaient le palmier.
  
Les auteurs anciens vantaient les atouts de la Numidie en matière d’élevage de bétail .Parlant de cette contrée Polybe écrivit « l’abondance des chevaux, des bœufs, des moutons et des chèvres est telle que je ne pense pas qu’on puisse trouver rein de semblable dans tout le reste de la terre … la raison en est que beaucoup de tribus de la Numidie ne font pas usage de la culture mais vivent de leurs troupeaux ». Le cheval semble été l’objet d’une attention toute particulière de la part des rois Numides. Le fils de Massinissa, Micipsa, pouvait réunir autour de Cirta 10.000 chevaux. Le nombre de poulains recensés dans toute la Numidie était de 100.000 à la même époque. Ce cheval est montré au revers des monnaies royales. Son rôle dans la cavalerie numide fut déterminant. Il est l’ancêtre de notre cheval barbe Une inscription grecque fait état d’une victoire remportée par les chevaux de Mastanabal aux Panathénées de 168. 
  
La frappe de la monnaie se multiplie sous Massinissa et elle circule sur l’ensemble du bassin méditerranéen et bien au delà. Ces monnaies étaient en cuivre ou en plomb. Elles portaient à l’avers un personnage barbu (Massinissa) dont la tête était ceinte de lauriers et au revers, un cheval au galop ou plus rarement, un éléphant. Le nom de Massinissa (MSNSN) était inscrit au bas de la pièce. 
  
Le règne de l’Aguellid Massinissa est un record de longévité : 56 ans! C’est la stabilité qui en a résulté qui a permis le développement de l’agriculture et du commerce comme l’attestent la diffusion exceptionnelle de la monnaie et la multiplication des villes du Maghreb central. Ainsi s’installait sur la rive Sud de la Méditerranée une grande puissance qui pouvait rivaliser avec Rome. Cette dernière, consciente du danger, décida de prendre l’initiative en s’immisçant dans le partage du royaume de Massinissa quand il mourut en 148 avant J .C. 
De taille élevée, il garda une solide constitution et une étonnante vigueur. Il avait eu 44 enfants mâles. 
Tous les historiens vantent son endurance. Il était capable de rester debout ou à cheval toute une journée. Octogénaire, il sautait sur sa monture sans aucune aide. 
  
Le long règne de Massinissa n’est perçu qu’à la lumière des évènements qui intéressent Rome. Ils sont forcement orientés même si des auteurs comme Polybe, qui fut reçu par Massinissa en 150 ou Strabon chantèrent ses louanges. Ptolémée Evergète nous apprend que dans son palais de Cirta, il présidait des banquets dignes d’un souverain hellénistique. Tite Live nous apprend que Mastanabal était instruit dans les lettres grecques. Il nous renseigne fidèlement sur les contingents que Massinissa met à la disposition de Rome contre ses ennemis. Mais Massinissa tenait à l’indépendance de son pays. Tite Live affirme que le grand Aguellid proclamait que l’Afrique devait appartenir aux Africains et c’est dans cet esprit qu’il entreprit de reconquérir les terres prises par Carthage qu’il considérait comme étrangère à l’Afrique. 
  
Les documents archéologiques et épigraphiques sont peu nombreux pour donner le véritable éclairage de ce passé numide. Les tombeaux du Médracen ou du Khroubs ou encore le mausolée de Dougga donnent la mesure architecturale de cette période. De même les nombreuses pièces de monnaie trouvées dans la région de Constantine ou du côté de Siga nous éclaire sur le règne de Massinissa. Mais cela reste insuffisant au regard de l’épopée de ce monarque d’exception à qui l’on attribue la pratique de l’écriture libyque. 
  
Stéphane Gsell put dire de lui qu’« il fut en un frappant raccourci, le plus grand entre les plus grands souverains de la Berbèrie, l’Almoravide Youcef Ibn Tachfin, l’Almohade Abd El Moumen Ibn Ali, le chérif marocain Moulay Ismaïl qui à bien des égards lui ressemblèrent. Il étendit ses états de la Maurétanie à la Cyrénaïque, il amena de très grosses sommes d’argent, il entretint des troupes nombreuses et aguerries. Il propagea l’agriculture et développa la vie urbaine. Grecs et Romains reconnurent en lui un vrai monarque…… »

Bio express : 
- Docteur en histoire et archéologie recherchés 
- Auteur de nombreuses publications relevant de sa spécialité et d'ouvrages "Histoire d'El Djazaïr Beni Mazghenna" 400 pages de texte et photos, edition Dalilmer Juin 2008, 1er prix littérature du salon International du livre algérien, 2008 "Cirta, Constantine, la capitale céleste", 472 pages de texte et photos, édition Colorset, Alger 2011. "Tlemcen, capitale du Maghreb Central" 424 pages, édition Colorset, Alger, Septembre 2011. 
- Directeur de nombreuses thèses de doctorants 
- Directeur du Patrimoine Dulturel au Ministère de la Communication et de la culture 1999-2001.

vendredi 3 février 2012

El Watan 3 fevrier 2012


NOTE DE LECTURE : TLEMCEN, CAPITALE DU MAGHREB CENTRAL

Par Nassima Oulebsir

De la préhistoire jusqu’à sa musique, en passant par son nom, son commerce, sa monnaie, ses légendes, ses croyances, sa population et sa vie culturelle, Tlemcen est retracée dans ses plus petits détails par Abderrahmane Khelifa dans son nouveau livre. Paru aux éditions Colorset, Tlemcen, Capitale du Maghreb central* passe en revue, sur 420 pages, tous les événements qui ont marqué l’histoire de la ville : Pomaria de l’époque romaine puis Agadir du VIIe au XIe siècles où la ville abrita le fameux conquérant de la péninsule ibérique, Tariq Ibn Ziyad, puis Abu Qorra l’Ifrénide. La ville se déplaça légèrement vers l’ouest avec la fondation de Tagrart l’almoravide puis son agrandissement avec la Tlemcen des Almohades et des Zayyanides jusqu’à l’occupation par les Mérinides, les Espagnols puis les Ottomans. Durant toute cette période, Tlemcen était un centre commercial dont les ramifications allaient jusqu’à Tombouctou, Gao et Oualata grâce à l’audace des frères El Maqqari. Bien sûr, les savants de Tlemcen tiennent une place importante dans l’ouvrage, à l’instar des frères Ibn Khaldoun qui enseignèrent à Tlemcen ou de Sidi Boumedienne, le pôle du soufisme. Dans un deuxième temps, l’auteur raconte l’histoire de la ville et de ses monuments, les secrets des fondouks, les bains, les palais, les quartiers, les qobbas, El Eubbad, Mansourah, les remparts et les portes de la ville, le Mechouar, la Qaïsariya, Tagrart, Agadir et la route de l’or de Tlemcen au Soudan. Photos et récits, tout est là pour expliquer et découvrir la vraie âme de Tlemcen… Ce livre est le quatrième d’une série sur les villes algériennes (Alger, Honaïne et Constantine).
* Chez Colorset

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