mardi 2 juin 2026

 

Abderrahmane Khelifa, archéologue

«Il faut décoloniser notre histoire»

L’archéologue Abderrahmane Khelifa, estime qu’  «il faut décoloniser notre histoire».

Il a déjà écrit de nombreux ouvrages sur des villes notamment Bejaia, Tlemcen, la Kalaa des Béni Hammad et a fouillé dans le passé de la Casbah d’Alger et de Honaine.

Dans cet entretien, Abderahmane Khelifa nous parle de sa passion pour l’archéologie qui est une sorte de phare pour l’historien. Il évoque aussi l’enracinement du peuple algérien et la profondeur de son histoire. Sans se départir de  sens de la pédagogie qu’il a cultivé durant sa carrière universitaire.

 

Entretien réalisé par Samira Belabed

 

Quelle est la relation entre l’anthropologie, l’archéologie et l’histoire ?

L’archéologie est une discipline qui ne ment pas. Elle repose sur des preuves matérielles, objectives. Elle ne s’appuie pas sur des récits idéologiques ou sur des suppositions. Ainsi, lorsque nous avons découvert le site d’Aïn Boucherit,  beaucoup ont été surpris. Cela prouve que l’Algérie était anciennement peuplée et bat en brèche les discours coloniaux qui ont longtemps nié notre passé et selon lesquels, l’Algérie n’avait ni histoire ni monuments. Pourtant, si l’on observe tout notre territoire, du Sahara à la Méditerranée, on trouve des monuments historiques d’une immense importance. Cela montre que nous sommes un vieux peuple, dans un vieux pays enraciné dans la civilisation.

Avez-vous un exemple de cette profondeur historique ?

Bien sûr. Imedghassen, c’est le premier grand monument historique (hors préhistoire), qui date du IVe siècle avant J.-C. Il témoigne déjà de l’existence d’un royaume berbère, d’un État organisé. Il y avait déjà une administration, une monnaie, une structure sociale et politique solide. Ce sont des preuves concrètes, visibles, pas des hypothèses. L’architecture du monument est unique, si vous tentez de glisser une feuille de papier entre deux pierres, vous n’y parviendrez pas. Cela montre la maîtrise technique du tailleur de pierre et le génie architectural de cette civilisation. Pour cela, il faut cesser d’utiliser le mot «barbare» pour parler de nous. Nous avions nos royaumes, nos structures sociales, économiques, notre culture. À l’époque de Massinissa et Syphax, on avait déjà notre monnaie. Personne ne peut réfuter ces preuves.

Vous insistez souvent sur la nécessité de vulgariser l’archéologie. Pourquoi ?

Vulgariser l’archéologie est une responsabilité collective. L’État, l’Université, l’École, les médias : tous ont un rôle à jouer. C’est grâce à l’archéologie que notre pays a été reconnu à l’international, notamment avec la découverte d’Aïn Boucherit. Pour la première fois, un ministre de la Culture a reçu des archéologues pour les féliciter. Et pourtant, ils n’ont pas creusé un kilomètre carré, juste quelques centaines de mètres. C’est dire l’importance de ce que nous avons sous nos pieds. Si nous voulons vraiment connaître notre histoire, il faut investir dans l’archéologie. Plus on va dans l’histoire, plus on se rend compte que le Nord-Africain avait des dispositions à se gouverner par lui-même. Ecrire l’histoire n’est pas dire n’importe quoi.

Les pseudo- historiens, il faut les confronter avec des preuves et des faits. Malheureusement, l’archéologie n’est pas valorisée dans notre système éducatif. On y envoie souvent les élèves les plus faibles. On accepte parfois des étudiants qui ont moins de 10 au bac. À l’inverse, en médecine, il faut 17 ou 18 pour être accepté, d’où l’urgence de valoriser la discipline Avant, seuls les meilleurs allaient en philosophie ou en histoire. Aujourd’hui, on choisit ces disciplines par défaut. Ce n’est pas normal. Et cela se reflète dans la production scientifique : nos archéologues ne sont pas formés à écrire. Résultat, ils découvrent, mais ne transmettent pas. Il faut former à la rédaction scientifique dès l’université. Sinon, notre patrimoine restera muet.

Quel est l’état actuel du patrimoine archéologique en Algérie ?

Il est en danger. L’État est conscient, mais il faut renforcer sa capacité à protéger nos sites. Quand un monument est détruit, c’est comme si l’on déchirait notre carte d’identité. Et si l’on continue à la déchirer, il ne reste plus rien. Il y a aussi les fouilles sauvages. Récemment, à Oum El Bouaghi, une association m’a alerté sur des pilleurs qui fouillent illégalement pour vendre les objets à l’étranger. Heureusement, la gendarmerie a pu intervenir, mais c’est un phénomène grave. Nous avons déjà perdu des pièces précieuses. Par exemple, une tête de Gorgone en marbre de 400 kg, qui était à Annaba, a été volée et retrouvée dans la maison de la fille du président tunisien  Ben Ali après sa chute. L’implication des citoyens et la société civile est capitale pour protéger nos biens patrimoniaux.

Vous avez beaucoup travaillé sur la région de Honaine, à Tlemcen. Que nous apprend-elle ?

Tlemcen est un miroir de notre histoire. Abdelmoumen Ibn Ali, un personnage central de l’histoire du Maghreb, parlait et   commandait ses troupes en tamazight. Cela montre que le substrat amazigh est toujours présent à travers les différentes civilisations qui se sont succédé. C’est comme les fondations d’une maison : sans elles, tout s’écroule et c’est pareil pour l’histoire. À Tlemcen, aux XIIe et XIIIe siècles, il y avait déjà des réseaux d’égouts. Aujourd’hui, en 2025, certaines villes n’en disposent pas ! Cela montre que notre civilisation était avancée. Grâce à l’archéologie, on redécouvre cette grandeur, et cela nous donne des armes pour affirmer notre histoire, face à ceux qui la nient.

Vous plaidez pour «décoloniser l’histoire». Que cela signifie-t-il?

Décoloniser l’histoire est sortir du récit imposé par l’extérieur. C’est écrire notre histoire nous-mêmes, sur la base de preuves scientifiques. Il y a aujourd’hui des gens qui s’autoproclament professeurs, qui disent n’importe quoi. Il faut les confronter, preuves à l’appui. L’archéologie est notre meilleure alliée. C’est ce que j’essaie de faire dans mes écrits, dans mes conférences, dans ma carrière. L’histoire ne doit pas être une fiction, mais la mémoire authentique d’un peuple et le nôtre, a une histoire millénaire. Il est temps de la connaître, de la défendre et de la transmettre.

S.B.

 

 

 

 

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lundi 29 décembre 2025

 Mosquées et sanctuaires d'Algérie

 

L'Algérie recèle un patrimoine cultuel et culturel musulman de première importance. Erigé dès l'avènement de l'Islam en Afrique du Nord, au VIIe siècle, ce patrimoine s'est enrichi avec les apports des différentes dynasties qui se sont succédé dans la région. À partir du XIX siècle, le colonisateur entreprendra la déculturation de l'Algérie avec l'effacement de la culture, la religion et la langue de l'Algérien pour asseoir le colonialisme de peuplement visé. Les sites et édifices cultuels seront modifiés et dénaturés, voire complètement rasés en dépit des protestations, à l'image des mosquées Al Sayida et Ketchaoua à Alger, ou le cimetière des Zayyanides à Tlemcen.

La population a su préserver son héritage spirituel en renforçant l'apprentissage du Coran et en multipliant les confréries, consolidant ainsi la foi religieuse et la cohésion sociale.

Lauteur, historien-archéologue, recense les édifices (mosquées, zaouïas, qobbas, cimetières) chargés d'histoire et exhume ceux qui ont été détruits par le colonialisme, à partir de textes historiques ou d'objets de fouille.

Conférence d’Abderrahmane Khelifa à la librairie Chaïb Dzaïr : «L’Algérie à travers les âges», récit d’un archéologue Ph. A. Asselah Ph. A. Asselah L'objectif de la rencontre littéraire, dixit l'archéologue et historien Abderrahmane Khelifa, est de montrer la «profondeur de l'histoire de l'Algérie depuis 2.000 ans et même depuis 400.000 ans, avec la découverte archéologique d’Aïn Boucherit». Toutes les séquences historiques de notre pays depuis la fondation de Carthage -814 av. J.-C. sont passées au crible par le spécialiste. De la préhistoire à l’Algérie moderne, les invités de la conférence ont voyagé dans le temps grâce à la faconde de l’archéologue qui a retracé les épopées algériennes. Ce voyage dans le passé a permis la redécouverte des civilisations qui se sont succédé. Sur le plan historique, affirme Khelifa, les «centres de gravité» furent nombreux. Cirta, d’abord, qui était la capitale de Massinissa mais d’autres villes comme Tlemcen, Tihert, Achir, Béjaïa, Alger ont été, tour à tour, des points d’ancrage de dynasties et de civilisations. «C’est cette pluralité et ce patrimoine accumulé qui a fait l’Algérie dans toute sa diversité», a-t-il souligné. Abderrahmane Khelifa rappelle que l'histoire de l'Algérie s'insère dans une «histoire plus large», celle du Maghreb qui remonte à des millénaires. «Dans l'Antiquité, le territoire algérien connaît la formation de royaumes numides avant de passer sous la domination partielle des Romains en 429 a.p. J.-C., la venue des Vandales d'Espagne qui sont restés près d'un siècle et qui ont été chassés par les Byzantins à partir de 533 jusqu'à 647, date de la venue des musulmans avec Abdellah Ben Saad qui arrive en 647. Les musulmans s'installent en Afrique du Nord pour une très longue durée.» Dans le même sillage, l'historien explique que «durant toutes ces périodes, l’Etat algérien s'est constitué avec ses rois, ses administrations, ses impôts, etc». «Cela nous amène à la période ottomane où les Algériens font appels aux Ottomans qui se sont installés de 1518 jusqu'à 1830, voire jusqu’à 1837, date de l'occupation de Constantine par les Français», rappelle l’historien qui ajoute que «lorsque les Français sont arrivés, ils participeront à la même entreprise que les autres colonisateurs : spoliation et confiscation des terres des paysans, impôts, déportation des tribus… ». Jusqu’à l’indépendance arrachée au prix du sacrifice et du sang. Sihem Oubraham Sihem OubrahamSihem Oubraham Journaliste L'événement 22:25 30-10-2021 Partager 0 Commentaire

 

Conférence d’Abderrahmane Khelifa à la librairie Chaïb Dzaïr : «L’Algérie à travers les âges», récit d’un archéologue

Ph. A. Asselah
Ph. A. Asselah

L'objectif de la rencontre littéraire, dixit l'archéologue et historien Abderrahmane Khelifa, est de montrer la «profondeur de l'histoire de l'Algérie depuis 2.000 ans et même depuis 400.000 ans, avec la découverte archéologique d’Aïn Boucherit».

Toutes les séquences historiques de notre pays depuis la fondation de Carthage -814 av. J.-C. sont passées au crible par le spécialiste. De la préhistoire à l’Algérie moderne, les invités de la conférence ont voyagé dans le temps grâce à la faconde de l’archéologue qui a retracé les épopées algériennes. Ce voyage dans le passé a permis la redécouverte des civilisations qui se sont succédé. Sur le plan historique, affirme Khelifa, les «centres de gravité» furent nombreux. Cirta, d’abord, qui était la capitale de Massinissa mais d’autres villes comme Tlemcen, Tihert, Achir, Béjaïa, Alger ont été, tour à tour, des points d’ancrage de dynasties et de civilisations. «C’est cette pluralité et ce patrimoine accumulé qui a fait l’Algérie dans toute sa diversité», a-t-il souligné. Abderrahmane Khelifa rappelle que l'histoire de l'Algérie s'insère dans une «histoire plus large», celle du Maghreb qui remonte à des millénaires. «Dans l'Antiquité, le territoire algérien connaît la formation de royaumes numides avant de passer sous la domination partielle des Romains en 429 a.p. J.-C., la venue des Vandales d'Espagne qui sont restés près d'un siècle et qui ont été chassés par les Byzantins à partir de 533 jusqu'à 647, date de la venue des musulmans avec Abdellah Ben Saad qui arrive en 647. Les musulmans s'installent en Afrique du Nord pour une très longue durée.» Dans le même sillage, l'historien explique que «durant toutes ces périodes, l’Etat algérien s'est constitué avec ses rois, ses administrations, ses impôts, etc». «Cela nous amène à la période ottomane où les Algériens font appels aux Ottomans qui se sont installés de 1518 jusqu'à 1830, voire jusqu’à 1837, date de l'occupation de Constantine par les Français», rappelle l’historien qui ajoute que «lorsque les Français sont arrivés, ils participeront à la même entreprise que les autres colonisateurs : spoliation et confiscation des terres des paysans, impôts, déportation des tribus… ». Jusqu’à l’indépendance arrachée au prix du sacrifice et du sang.
Sihem Oubraham

 


 

Abderrahmane Khelifa présente son nouvel ouvrage

Abderrahmane Khelifa présente son nouvel ouvrage «Mosquées et Sanctuaires d’Algérie», un voyage au cœur du patrimoine religieux et historique du pays.

La librairie Chaïb Dzaïr, relevant de l’Anep Éditions à Alger, a abrité dimanche une rencontre culturelle d’une grande portée symbolique et scientifique, à l’occasion d’une vente-dédicace animée par l’archéologue et historien Abderrahmane Khelifa. L’auteur y a présenté son ouvrage de référence, Mosquées et Sanctuaires d’Algérie, un travail de fond consacré au patrimoine cultuel musulman du pays, fruit de plusieurs décennies de recherches, de fouilles et d’investigations historiques.

Dans une atmosphère studieuse et attentive, réunissant chercheurs, étudiants, passionnés d’histoire et simples lecteurs, Abderrahmane Khelifa a longuement échangé autour de ce livre, conçu à la fois comme un inventaire scientifique et un plaidoyer pour la sauvegarde de la mémoire architecturale et spirituelle de l’Algérie. L’ouvrage explore les grandes mosquées historiques du pays, notamment celles d’Alger, de Béjaïa et de l’Oranie, ainsi que les édifices religieux emblématiques des Béni Snous à Tlemcen, tout en élargissant la réflexion aux sanctuaires, médersas, qobbas, zaouïas et cimetières anciens.

Un patrimoine cultuel riche et diversifié

Au fil de la présentation, l’auteur a rappelé que l’Algérie recèle un patrimoine cultuel et culturel musulman de première importance, édifié dès l’avènement de l’Islam en Afrique du Nord au VIIᵉ siècle. Ce patrimoine s’est progressivement enrichi grâce aux apports des différentes dynasties qui se sont succédé sur le territoire, chacune laissant son empreinte architecturale, artistique et spirituelle. Mosquées almohades, édifices zianides, héritage ottoman du régime des deys et des beys : autant de strates historiques que l’ouvrage restitue avec rigueur et clarté.

L’un des axes majeurs du livre, largement évoqué lors de la rencontre, concerne la période coloniale, que l’historien-archéologue aborde sans détour. À partir du XIXᵉ siècle, le colonialisme de peuplement a engagé un processus systématique de déculturation visant à effacer les repères religieux, culturels et linguistiques du peuple algérien. De nombreux sites et édifices cultuels ont été transformés, dénaturés ou purement et simplement rasés, souvent en dépit des protestations des populations locales. Abderrahmane Khelifa a cité, à titre d’exemples emblématiques, les mosquées Al Sayida et Ketchaoua à Alger, ainsi que le cimetière des Zayyanides à Tlemcen, dont les atteintes constituent autant de blessures infligées à la mémoire nationale.

Résistance et mémoire vivante

Face à cette entreprise de destruction et de défiguration, l’auteur souligne la capacité de résistance de la société algérienne, qui a su préserver son héritage spirituel en renforçant l’apprentissage du Coran, en maintenant les réseaux de zaouïas et en multipliant les confréries religieuses. Ces espaces ont joué un rôle essentiel dans la consolidation de la foi, mais aussi dans le maintien de la cohésion sociale et de l’identité collective, particulièrement durant les périodes les plus sombres de l’histoire coloniale.

Dans Mosquées et Sanctuaires d’Algérie, Abderrahmane Khelifa adopte une démarche à la fois scientifique et mémorielle. Historien et archéologue, il recense les édifices encore visibles, tout en exhumant, à partir de textes anciens, d’archives et d’objets issus de fouilles, ceux qui ont été détruits ou altérés. Cette approche permet de restituer l’existence de lieux aujourd’hui disparus, mais toujours présents dans la mémoire historique et spirituelle du pays.

L’ouvrage se distingue également par l’attention portée aux spécificités architecturales du patrimoine religieux algérien. Plans, matériaux, décors, inscriptions et fonctions des espaces sont analysés avec précision, révélant la richesse et la diversité des formes architecturales développées à travers les siècles.

Un livre-mémoire engagé et transmis

L’auteur s’appuie sur ses propres recherches de terrain pour offrir une lecture approfondie de ces édifices, considérés non seulement comme des lieux de culte, mais aussi comme des marqueurs identitaires et des témoins majeurs de l’histoire nationale.

La séance de vente-dédicace a donné lieu à de nombreux échanges avec le public, témoignant de l’intérêt suscité par cet ouvrage, perçu comme une contribution essentielle à la connaissance et à la valorisation du patrimoine religieux algérien. Pour beaucoup de lecteurs présents, le livre dépasse le cadre académique pour devenir un outil de transmission, à destination des nouvelles générations, appelées à redécouvrir et à protéger cet héritage menacé par l’oubli.

En refermant cette rencontre à la librairie Chaïb Dzaïr, Mosquées et Sanctuaires d’Algérie s’impose comme bien plus qu’un simple ouvrage d’histoire : il constitue un véritable voyage au cœur de la spiritualité et de l’architecture algériennes, tout en rappelant, avec lucidité, les ravages du colonialisme sur les repères culturels du pays. Un beau « livre-mémoire », à la fois savant et engagé, qui invite à considérer les mosquées et sanctuaires non comme des vestiges figés, mais comme des témoins vivants de l’âme algérienne.

Walid Souahi

mercredi 5 novembre 2025

 ALGER - L'Entreprise nationale de communication, d'édition et de publicité (ANEP) est présente, au 28e Salon international du livre d'Alger (SILA), avec près de 800 titres de toutes les bonnes lectures, auréolées de deux nouveautés sur les étalages de son stand qui ne désemplit pas, au regard des centaines de visiteurs qui s'y rendent à tous les moments de la journée, en quête de culture, de savoir et de production intellectuelle de qualité.